Dossiers photographiques
- vues: horizontales, verticales.
Les rondelles paléolithiques ↑
Les disques percés d'un trou central sont fréquents au néolithique. On les interprète comme des fusaïoles, c'est à dire comme pièce de fuseau à filer. Leur présence est donc considérée comme indice de la pratique du filage et même du tissage.Au Paléolithique récent on trouve des disques gravés ressemblant beaucoup aux fusaïoles, en moins épais. On les considère comme éléments de parure (portés autour du cou ou appliqués sur des vêtements). La deuxième interprétation n'a pas beaucoup de sens pour les rondelles gravée sur les deux faces; et la présence d'un unique trou central dans tous les cas suscite des interrogations.
L'abri de Laugerie basse fouillé dès 1860 (malheureusement au début sans aune règle) à livré près de 600 objets. Il est inscrit avec d'autres "Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère" (dont la grotte de Lascaux) au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'objet présenté est un disque (rondelle) d'os gravé (de 3cm de diamètre) repésentant deux phases du galop d'un herbivore.
Marc Azéma et Florent Rivère l'ont interprété comme un "thaumatrope". Le thaumatrope est devenu un "jouet optique" populaire au début du 19e siècle et on considère qu'il a été inventé en 1825 . En ajoutant un fil de tendon torsadé pour faire pivoter le disque, on obtient effectivement un effet optique.
Selon la nature des objets représentés sur chaque face et la vitesse de rotation, le thaumatrope crée une animation ou même superpose les deux images. Si par exemple une face représente un oiseau et l'autre une cage, un mouvement de rotation rapide "emprisonne" l'oiseau dans la cage.
Pour les auteurs, l'invention de l'image animée est donc extrêmement ancienne. L'hypothèse reste discutée, mais le fait que les hommes et les femmes du paléolithique possèdent une parfaite connaissance des mouvements de déplacement des animaux est incontestable (et sans doute supérieure à celle des peintres du 19e siècle).
L'invention du cinéma ↑
L'animation est née avant le cinéma. Le premier film d'animation est réalisé (sans caméra) par Emile Reynaud et date de 1892. Il comprend 500 images en couleur et dure 15 min; on dispose de copies en excellent état. Le film est projeté à l'époque sur un écran transparent par un dispositif nommé "théatre optique".Le thaumatrope déjà cité plus haut est limité à deux images. Considéré comme le premier jouet optique, il permet pourtant d'illustrer l'essentiel des questions pas toujours entièrement résolues concernant les phénomènes physiologiques sur lesquels repose le cinéma. Les premières explications invoquaient la "persistence de l'image rétinienne"; par la suite, le sujet a été (et en fait est toujours en partie) l'objet d'un débat caricatural entre ceux qui mettrent en avant l'enregistrement de l'image par la rétine et ceux qui n'invoquent que la psychologie. La page Wikipédia (version anglaise) sur le sujet a pour titre " Persistence of vision"; la version française "Persistance rétinienne"; il faut considérer aujourd'hui que l'explication est plus complexe que de tout expliquer par la physiologie des cônes et des bâtonnets (les cellules rétiniennes qui réagissent aux stimulations lumineuses). De nombreux exemples, mais surtout celui des images ambigües, montre que le traitement des images dans le cerveau joue un rôle très important dans la perception. La perception fusionnée d'images tracées sur les deux faces du thaumatrope dépend de la vitesse de rotation (trop lente le système visuel se rend bien compte que le disque tourne) mais aussi des thèmes présentés par les images. Certaines images ne fusionnent pas, même lorsque les conditions physiques sont réunies.
Lorsqu'un objet représenté est pour le cerveau susceptible d'un mouvement propre, il est interprété comme tel, c'est le cas de l'herbivore de Laugerie-basse cité plus haut.
On associe souvent au thaumatrope l'effet phi: lorsque deux images du même objet apparaissent successivement à proximité l'une de l'autre, le système visuel reconstitue des positions intermédiaires et perçoit la situation comme le déplacement de l'objet.
Le phenakistoscope (1832), lui aussi considéré comme un jouet, est consitué d'un disque tournant sur lequel sont tracées les images à animer; le disque est muni de fentes (une douzaine d'images et autant de fentes). L'observateur se place devant un miroir; il observe le reflet des images dans le miroir à travers les fentes, ce qui crée un effet stroboscopique (le mouvement des images est figé et les images successives fusionnent en partie, ce qui crée l'animation).
Etienne-Jules Marey, à la même époque, s'intéresse au mouvement animal ou humain; il crée des chronophotographies (enregistrement de poses successives sur une même plaque photographique grâce à un obturateur rotatif. Inventeur prolifique, Marey fera évoluer son disposif pour enregistrer les images sur une bande de papier sensible et même ensuite sur un ruban de cellulose; il participe donc à l'invention de la caméra. Et si son nom n'est pas retenu parmi les inventeurs du cinéma, c'est parce qu'il a une aversion absolue pour toute utilisation commerciale de ses travaux. En attendant il utilise et perfectionne le phénakistiscope et le zootrope. Une belle personne et un grand scientifique.
Marey explique que les chevaux au galop décollent du sol lorsque les 4 membres sont regroupés et non lorsqu'ils sont en extension, contrairement à certaines peintures de l'époque comme Le Derby d'Epsom de Théodore Géricault. L'effet obtenu par Géricault est sans doute spectaculaire (probablement en grand partie culturel) mais il ne représente absolument pas la réalité d'autant que les quatre chevaux sont exactement dans la même position.
Mécanismes du fusil photographique. Pubic domain. Source: Le Cnum, CNAM in 1882. La Nature, Journal hebdomadaire illustré, 10e année. Masson, Paris: p.329.
Le fusil photographique utilise lui de petites plaques sensibles disposées sur un disque tournant derrière l'objectif, il est capable de pose très courtes de l'ordre de 1/1 000e de seconde. L'utilisation du phénakistiscope, permet d'animer les prises de vue.
Disque de phénakistiscope; auteur: Etienne-Jules Marey; Public domain. Source: Conservatoire numérique des Arts et Métiers.
Onze images du vol d'un Goëland disposées sur disque de phénakistiscope in Etienne-Jules Marey. 1890. Physiologie du mouvement, Le vol des Oiseaux. Masson: p163.
Cliquer sur l'image pour mettre le disque en rotation ou l'arrêter. Ici l'image est reconstruite 11 fois par l'ordinateur, le disque tournant à chaque étape d'un 1/11e de tour; de ce fait il n'y a plus besoin de l'observer à travers des fentes.
Le Zoetrope (ou zooscope) remplace le disque par un cylinde; l'animation est dessinée sur la face interne que l'observateur extérieur observe au travers des fentes. L'appareil est toujours basé sur l'effet stroboscopique créé par la rotation et sur la persistencve rétinienne. Il peut y avoir simultanément plusieurs observateurs et il n'y a nul besoin de miroir.
Zootrope; auteur: Etienne-Jules Marey; Public domain. Source: Conservatoire numérique des Arts et Métiers
Cheval au galop; Eadweard Muybridge, 1883-1886. Public domain. Source: Métropolitan Museum of Arts, New York. Domaine public.
Animation à partir de 11 instantanés réalisés à Palo Alto. Eadweard Muybridge, 1878. Public domain. Source: Wikimedia.
Cliquez sur l'image pour lancer / arrêter l'animation.
Christiaan Huygens est considéré comme un contributeur majeur à la construction des lanternes magiques (l'ancètre du projecteur diapos), vers la fin de la décenie 1850. Considérant ensuite que l'objet n'était qu'une futilité, il a plutôt cherché à en limiter la diffusion. Si les images projetées sont au départ fixes, différentes techniques permettent ensuite de petites animations. Les images sont peintes sur des plaques de verre. La nouveauté et l'enthousiame des spectateurs sont à l'origine d'une diversification considérable des scènes projetées. A l'époque, la principale limite du dispositf est la faible puissance des sources lumineuses utilisbles d'ou la concurence du théatre optique qui projete les images sur un écran transparent, les spectateurs étant situés du côté opposé à la source de lumière.
Le Zoopraxiscope de Muybridge combine les caractéristiques du Phenakistoscope et de la lanterne magique, les images étant présentes sur un disque transparent.
Les premières séances de "cinéma" résultent des recherches (souvent concurentielles) de nombreux inventeurs et financeurs entre 1888 et 1895. John Carbutt met au moint la nitrocellulose qui va servir de support transparent suffisament souple et résistant. Ceux qui suivent perçoivent très vite l'importance de leur recherches dans le domaine du divertissement d'autant que les "parloirs" utilisant les objets optiques déjà cités sont populaires. Thomas Edison, Laurie Dickson mettent au point un ruban sensible (1888) (dit aujourd'hui argentique) défilant à l'horizontale devant l'ancètre de la caméra (le kinétographe) grâce a des perforations (1891). L'image de chaque photogramme est circulaire. Le kinétoscope est le complément du kinétographe et permet de voir individuellement l'animation enregistrée à travers un orifice.
Dickson et Edison vont perfectionner le support qui devient un ruban de 35mm de large, défilant verticalement, 4 perforations étant présentes sur chaque côté du photograme. Ce format sera retenu comme standard internationnal en 1905 pour la pellicule de cinéma. Il ne sera vraiment concurencé que par l'image numérique, mais ce format reste le plus utilisé encore aujourd'hui en photographie dite argentique.
Cliquez sur l'image pour voir le portrait de Thomas Edison).
Louis Lumière et Jules Carpentier mènent leurs propres recherches, génés par les brevets pris par Eastmann. Ils utilisent un support papier puis parviennent à se procurer les rubans de cellulose mais travaillent avec 2 perforations rondes par photogramme. Il réussissent à mettre au point l'ancêtre du projecteur (nommé cinématographe et à l'origine du mot cinéma) qui remplace le kinétoscope et permet cette fois un visionnement collectif. Le premier film est projeté en 1895. Les premiers films de Lumière sont souvent tournés en extérieur donc reproduisent le monde réel. "L'arrivée d'un train en gare de la Ciotat" (1896) est un de ses films les plus célèbres; pensés ou non, le cadrage en diagonale de la scène, le rapprochement de la caméra de passagers curieux au cours de la séquence faisant succéder des gros plans au plan d'ensemble créent un dynamisme spectaculaire; ils sont prémonitoires de tous les effets cinématographiques qui vont suivre dans l'histoire.
© Creative commons (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)
Bibliographie
S. Denis. 2017. Le cinéma d’animation: techniques, esthétiques, imaginaires. Paris, Armand Colin.
A. Gaudin. 2015. L’ espace cinématographique: esthétique et dramaturgie. Paris, Armand Colin.
H. Joubert-Laurencin. 1997. La lettre volante: quatre essais sur le cinéma d’animation. Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle.
M. Merleau-Ponty. 1989. L’ œil et l’esprit. Paris, Gallimard.
La description du monde par la phénoménologie et l’expérience du monde dans les images animées.
A. Gaudin. 2015. L’ espace cinématographique: esthétique et dramaturgie. Paris, Armand Colin.
H. Joubert-Laurencin. 1997. La lettre volante: quatre essais sur le cinéma d’animation. Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle.
M. Merleau-Ponty. 1989. L’ œil et l’esprit. Paris, Gallimard.
La description du monde par la phénoménologie et l’expérience du monde dans les images animées.

