Les films ↑
Une liste qui ne se limite pas à des films cités par le musée. Une liste qui n'est, ni un classement des films par leur succès commercial, ni celle de mes favoris. C'est plutôt la liste des courts ou longs métrages qui, pour moi, comptent dans l'histoire de l'animation; elle est destinée à monter la diversité des réalisations. Même si j'ai consulté un grand nombre de "tops 100" sur ces films, tout ici est jugement personnel; pardon pour les ommissions, la liste pourrait évidemment être bien plus longue.
De plus j'ai volontairement limité le nombre de films cités par réalisateur, ce qui élimine quelques chefs-d'œuvre. La liste des réalisateurs cités plusieurs fois n'est cependant pas le fait du hasard: Clyde Geronimi pour le studio Disney: Cendrillon, La Belle au bois dormant; Isao Takahata: Horus, prince du soleil, Le Tombeau des lucioles, Le Conte de la princesse Kaguya; Hayao Miyazaki: Nausicaä de la vallée du vent, Princesse Mononoké; Mamoru Oshii: L'œuf de l'ange, Ghost in the shell; Tomm Moore: Brendan et le Secret de Kells, Le Chant de la mer, Le Peuple Loup; Nora Twomey: Brendan et le Secret de Kells, Parvana, une enfance en Afghanistan; Mamoru Hosoda: Les Enfants Loups, Amé & Yuki, Belle.
Le film d'animation a longtemps été perçu comme destiné aux enfants; peut être parce que des productions initiales visaient préférentiellement ce public ou collectionnaient les gags visuels. Pendant longtemps, les critiques de cinéma n'ont pas pris l'animation au sérieux. Cette fausse image s'estompe un peu, mais le film d'animation reste plus regardé par les enfants que par les adultes; cependant moins d'un tiers des adultes ne regardent jamais de films d'animation.
Certains regretteront les paillettes et les stars, mais la liberté et la force offertes par l'animation en font un procédé sans commune mesure avec le cinéma en vues réelles.
Pour Vincent Paronnaud, réalisateur de Persépolis, l'animation facilite l'universalité d'un film et et permet au spectateur de s'identifier plus facilement avec les personnages. Il est aussi facile de comprendre que l'adaptation d'un manga ou d'une bande dessinée permet de s'inspirer du graphisme d'origine. Il est aujourd'hui facile de faire appel à l'ordinateur pour calculer au moins des images intermédiaires de l'animation (ce que de rares productions évitent toujours de faire par principe), mais les puristes restent attachés à un graphisme dénommé 2D caractérisé par des ébauches sur papier. Toujours pour les puristes, l'imagerie réaliste générée par ordinateur dénommée 3D est alors cataloguée, suivant les thèmes abordés, comme expérimentale ou de grande consommation.
De plus j'ai volontairement limité le nombre de films cités par réalisateur, ce qui élimine quelques chefs-d'œuvre. La liste des réalisateurs cités plusieurs fois n'est cependant pas le fait du hasard: Clyde Geronimi pour le studio Disney: Cendrillon, La Belle au bois dormant; Isao Takahata: Horus, prince du soleil, Le Tombeau des lucioles, Le Conte de la princesse Kaguya; Hayao Miyazaki: Nausicaä de la vallée du vent, Princesse Mononoké; Mamoru Oshii: L'œuf de l'ange, Ghost in the shell; Tomm Moore: Brendan et le Secret de Kells, Le Chant de la mer, Le Peuple Loup; Nora Twomey: Brendan et le Secret de Kells, Parvana, une enfance en Afghanistan; Mamoru Hosoda: Les Enfants Loups, Amé & Yuki, Belle.
Le film d'animation a longtemps été perçu comme destiné aux enfants; peut être parce que des productions initiales visaient préférentiellement ce public ou collectionnaient les gags visuels. Pendant longtemps, les critiques de cinéma n'ont pas pris l'animation au sérieux. Cette fausse image s'estompe un peu, mais le film d'animation reste plus regardé par les enfants que par les adultes; cependant moins d'un tiers des adultes ne regardent jamais de films d'animation.
Certains regretteront les paillettes et les stars, mais la liberté et la force offertes par l'animation en font un procédé sans commune mesure avec le cinéma en vues réelles.
Pour Vincent Paronnaud, réalisateur de Persépolis, l'animation facilite l'universalité d'un film et et permet au spectateur de s'identifier plus facilement avec les personnages. Il est aussi facile de comprendre que l'adaptation d'un manga ou d'une bande dessinée permet de s'inspirer du graphisme d'origine. Il est aujourd'hui facile de faire appel à l'ordinateur pour calculer au moins des images intermédiaires de l'animation (ce que de rares productions évitent toujours de faire par principe), mais les puristes restent attachés à un graphisme dénommé 2D caractérisé par des ébauches sur papier. Toujours pour les puristes, l'imagerie réaliste générée par ordinateur dénommée 3D est alors cataloguée, suivant les thèmes abordés, comme expérimentale ou de grande consommation.
- Little Red Riding Hood (Le Petit Chaperon rouge), Walt Disney, 7min. 1922. Parce que c'est un des premiers Walt Disney produit par le studio Laugh-O-Gram, créé par Walt Disney à Kansas City, avant sa faillite en juillet 1923 et le départ de Disney pour Hollywood; une adaptation très libre du conte; évidement c'est avec ce genre de débuts que le film d'animation n'a pas, pendant longtemps, été pris au sérieux. Domaine public (on trouve le film sur YouTube).
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Les Aventures du prince Ahmed (Die Abenteuser des prinzen Achmed), Lotte Reiniger, 1h05, muet. 1926. Papier très finement découpé apparaissant à contre jour sur les fonds uniformément colorés. Intensément poétique. Public domain, des copies sont généralement présentes sur Internet Archive.
- L'idée, 24min, Berthold Bartosh, musique d'Arthur Honegger. 1932. Papier découpé, inspiré d'une série de linogravures de de Frans Masereel; un film engagé.
- Une nuit sur le Mont chauve, 8min, Alexandre Aleieff. 1933. Réalisé en utilisant une machine de son invention, l'écran d'épingles, basé sur les ombres formées par un éclairage latéral. Le dispositif permet de produire des films en noir et blanc, mais d'un relief étonnant. Court métrage fantastique ayant pour thème le sabbat des sorcières pendant le solstice d'été inspiré par la composition musicale de Modeste Moussorgski.
- Le Roman de Renard, 1h 3min, Irene Starewicz & Ladislas Starewitch. 1937.
- Blanche-Neige et les Sept Nains, William Cottrell, 1h 23min. 1937. .
- Fantasia, 2h 15min, Ben Sharpsteen. 1940
- Cendrillon (Cinderella), 1h 14min, Clyde Geronimi. 1950. Cendrillon est un conte présent dans les cultures du monde entier. Le film s'inspire de la version de Charles Perrault (1697) et de celle des frères Grimm (1812), L'accouchement de ce film, en projet avant la seconde guerre mondiale et achevé bien après a été long et difficile. La citation de ce film est pour moi l'occasion d'attirer l'attention sur le château de Cendrillon.
Contrairement à ce qu'ont pourait croire, Herbert Dickens Ryman un graphiste qui a beaucoup travaillé pour Walt Disney, avait interrompu sa collaboration entre 1944 et 1953, c'est à dire pendant la réalisation du film; il n'y a donc pas participé. Mais en 1953, Disney le rappelle pour son projet de parc à thèmes. Ryman met le projet en images en faisant du château médiéval idéalisé l'élément central du parc. Il est décliné en deux versions: celle de la Belle au bois dormant (que le studio Disney produira en 1959) et celle de Cendrillon. Les dessins de Ryman vont convaincre les banquiers de financer "Disneyland". Le château est intégré au logo d'ouverture des films du studio Disney en 1985 dans sa version "Belle au bois dormant", plus amicale et il est remplacé par la version "Cendrillon", plus impressionante, en 2006. En 1922 Disney avait déja travaillé sur le thème de Cendrillon dans un court métrage de 7min qui n'a pas grand chose à voir avec la version ultérieure; réputé perdu le film peut être visionné sur YouTube. Le château n'y est visible que quelques secondes tout à la fin et dans un coin de l'image. Le "chateau médiéval idéal" est très présent dans le premier long métrage d'Hayao Miyazaki, le "château de Cagliostro" (1979), peut-être inspiré par les productions du Studio Disney.
Cinderella's Castle at night, Magic Kingdom, Orlando (Floride). Public Domain. Source: Wikimedia. - Alice au pays des merveilles. 1951.
- La Belle au bois dormant (Sleeping Beauty), 1h 15min, Clyde Geronimi. 1959.
- Le Livre de la jungle, 1h 18min, Wolfgang Reitherman. 1967.
- Horus, prince du soleil (Horusu no daibōken), 1h 22min, Isao Takahata. 1968. Premier long métrage purement japonais diffusé en France (en 2004) et première réalisation d'Isao Takahata. Le film marque la prise du pouvoir des créateurs (graphistes, scénaristes, réalisateurs) aux dépends des producteurs. Et parmi les graphistes est présent... Hayao Miyazaki (Takahata apporte un soin tout particulier au graphisme de tous ses films, mais ne dessine pas lui-même). Le film est inspiré d'une interprétation par le théatre de marionettes japonais d'une épopée de la tradition orale des Aïnou, peuple premier de l'ile d'Hokkaido.
- Le Conte des contes, Youri Norstein, 29min. 1979. Collage de souvenirs d'enfance guidés par la figure du Petit Loup gris (sorti d’une comptine populaire russe et qui devait à l'origine donner son titre au film). La maitrise par l'auteur des papiers découpés, l'utilisation des couleurs génèrent une profondeur et une intense poésie. Un film culte. Dans le but de faciliter la diffusion en salle, le court métrage a été intégré en 2024 dans une compilation éponyme avec 3 autres courts du même auteur, dont Le Hérisson dans le brouillard, un autre film culte.
- La Planète sauvage, 1h 12min, René Laloux. 1973. Tiré d'un roman de Stefan Wul, ce film de science fiction doit beaucoup aux graphismes de Roland Topor. Allégorie politique sur les thèmes de l’esclavage et de la révolte, de la civilisation et la barbarie, c'est un classique considéré comme le premier film d'animation sérieux destiné à un public adulte.
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Belladonna (Kanashimi no Beradonna), Eiichi Yamamoto, 1h 33min. 1973. Film fantastique et psychédélique (c'était l'époque); l'animation est minimaliste, le graphisme, très inspiré de culture européenne est d'une étonnante variété jusqu'à l'hallucination. "Belladonna" est un film engagé, revendiquant le féminisme et la libération sexuelle. La référence à la plante Belladonne s'explique par les effets de cette plante sur le système nerveux et même par son pouvoir de provoquer la mort (à forte dose). Film devenu culte avec le temps, sa sortie en France sera différée jusqu'en 2016.
3 femmes et 3 loups, 1892. Eugène Grasset. Public Domain. Source: Wikimedia
Et pourtant "Belladonna" est inspiré d'un essai de Jules Michelet," La Sorcière". Dans cet essai, Michelet explique la sorcellerie comme une révolte populaire, mais contribue à la diffusion d'idées historiquement fausses comme l'émergence de la chasse aux sorcières au Moyen-Age alors alors que les débuts de cette répression datent du 16e siècle. - Le Roi et l'oiseau, 1h 27min, Paul Grimault. 1980.
- Nausicaä de la vallée du vent (Kaze no tani no Naushika), 1h 56min, Hayao Miyazaki. 1984 (2006 pour la diffusion en France). Comment ne pas citer au moins un film de Miyazaki dans cette liste ? Plus d'une douzaine peuvent figurer parmi les meilleurs films d'animation de tous les temps. Nausicaä est l'un des premiers (sinon LE premier), c'est une transposition du manga éponyme écrit par Miyazaki lui-même. Il introduit des thèmes récurents dans les films qui vont suivre: la salubrité des modes de vie naturels et traditionnels, l'importance de l'art et de l'artisanat, la difficulté de maintenir une éthique pacifiste dans un monde violent (source Wikipédia). "Nausicaä" témoigne d'une inventivité extraordinaire (la forêt de la mer de la décomposition, les Ômus) et révèle la passion de Miyazaki pour l'aviation. "Nausicaä" est un film culte. Le succès de ce long métrage va permettre à Miyazaki de fonder avec Isao Takahata le studio Ghibli en 1985.
- L'œuf de l'ange, Mamoru Oshii, 1h 11min. 1985 (remasterisé en 2025). Expérimental, déroutant et étonnement intemporel: sorti en France 40 ans après sa sortie au Japon, ce film n'a pas pris une ride. Yoshitaka Amano marque le graphisme. L'animation lente, minimaliste, crée une atmosphère surréaliste, angoissante, hypnotique, fascinante. Le film multiplie les symboles: œuf, statues, squelette d’ange, arche, visions d'un monde post apocalyptique qui aurait pu renaitre de l'espoir.
- L'homme qui plantait des arbres, 34min, Frédéric Back. 1987. Film de commande de Radio Canada. Tiré de la nouvelle éponyme de Jean Giono (1953); la nouvelle a longtemps été censée être inspirée de faits réels, mais Giono avoue en 1957, dans une lettre longtemps restée secrète, qu'il l'a inventée. Ce court métrage a reçu de multiples distinctions; personnellement je vous conseille plutôt de lire Jean Giono. Le graphisme du film tout en aquarelles colorées est sans aucun doute très poétique, mais l'animation est pauvre et l'abus du faux fixe (line boil) pour suppléer le manque d'animation des tracés restés fixes devient vite pénible. En plus, je déteste les films en voix off...
L'indulgence avec laquelle ce court-métrage a été reçu peut s'expliquer par la popularité du thème (la plantation d'arbres), au moins en intentions (la mise en actes est plus difficile). En Inde on connait au moins deux exemples réels d'hommes qui plantaient des arbres, sans avoir jamais lu Giono... Jadav Payeng est Indien, garde forestier sur l’île de Mujali (Assam) (une ile menacée par les déplacements du Bramapoutre); sur plusieurs décenies, Payeng crée une forêt aujourd'hui protégée, qui se développe progressivement sur 500ha, et abrite aujourd'hui tout un écosystème dont des Tigres, et des Rhinocéros; son histoire est vulgarisée dans de nombreux documentaires dont Forest Man. En 2018, France 2 diffuse un reportage intitulé "Bishnoïs: les messagers de la Terre" ( visible sur YouTube) décrivant la communauté fondée par le Guru Jambheshwar Bhagavan en 1485 dans le village de Samrathal Dhora (près de Jodhpur au Rajasthan); dans la conception du monde des Bishnoïs, humains, animaux et plantes sont unis; les règles de vie des Bishnoïs incluent la pratique de la non-violence (ahimsa) et de la méditation, la vie communautaire, le refus de l’agriculture intensive, l'interdiction de tuer des animaux et la protection des arbres, en particulier du Khejri, l'arbre du désert. Tous les humains ne sont pas suicidaires. - Akira. 2h 4min, Katsuhiro Otomo. 1988.
- Le Tombeau des lucioles (Hotaru no haka), 1h 30min, Isao Takahata. 1988. Deux enfants luttent face aux ravages de la guerre, entre drame et poésie. Adapté d'une nouvelle semi-autobiographique d'Akiyuki Nosaka (1967); dans la réalité l'auteur de la nouvelle survit (nécessaire pour que la nouvelle existe !). La fin de l'histoire est suffisamment triste et émotionnelle pour que Takahata, par délicatesse, nous la présente au début du film (ce qu'on ne comprend évidemment qu'à la fin). Le film commence par la phrase suivante, prononcée par l'ainé des enfants: "la nuit du 21 septembre 1945, je suis mort". Et le film se termine sur la seule évocation des vivants disparus (dans les diverses symboliques des lucioles au Japon, il y a les âmes des défunts). L'anti-militarisme d'Isao Takahato est viscéral: en 1945, âgé de 9 ans, fuyant le bombardement de la région d'Okayama avec une de ses soeurs, il s'est retrouvé séparé de ses parents pendant deux jours, ce dont il se souvient comme la pire expérience de sa vie (article de Mainichi Shimbun cité sur en.wikipedia.org). Le graphisme du film, dans son luxe de détails est inoubliable; la profondeur psychologique des deux enfants prodigieuse. Un chef d'œuvre intemporel quasi unanimement reconnu. Les œuvres ultérieures d'Isao Takahata, "Mes voisins les Yamada", "Le Conte de la princesse Kaguya" adopteront un graphisme plus épuré qui évoque le dessin au crayon ou l'aquerelle, mais conservent une exceptionnelle exigence graphique, sans compromis, loin de tous les produits de grande consommation.
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La Belle et la bête (Beauty and the Beast). 1h 24min. Gary Trousdale et Kirk Wise. 1991. Traitement par le studio Disney de ce grand thème classique et très probablement le meilleur film d'animation produit par ce studio. Le conte "La Belle et la Bête" est présent dans de multiples cultures et la version la plus ancienne est connue au 2e siècle. Le thème réapparait dans le film Belle de Mamoru Hosada. De nombreux films en vues réelles le représentent dont le film de Bill Condon en 2017, reprise des studios Disney et succès commercial, mais loin d'atteindre le niveau de son prédécesseur animé.
Illustration pour le livre de Mme Leprince de Beaumont "Magasin des enfants" (Lucienne Loyeux ? c1920 ?). Source: BnF. - Ghost in the shell, Mamoru Oshii, 1h 23min . 1995. Dans une ville à la fois futuriste et un peu désèute nommée Newport City (mais qui ressemble à s'y méprendre à Hong Kong), une force d'intervention menée par une femme cyborg (le major Motoko Kusanagi) enquète sur les agissements d'un hacker nommé Puppet Master. Alternant actions intenses et scènes contemplatives, la beauté de l'animation et des graphismes (laissant beaucoup de place aux images de synthèse), la force de la musique exercent une fascination qui est pour beaucoup dans l'idée qu'on est face à un monument. Le scénario est pourtant complexe et difficile à suivre, perdant souvent le spectateur dans des digressions qui restent malgré tout assez superficielles. Adapté du manga éponyme, le film tente de faire naitre un questionnement sur le transhumanisme et ce qui défini l'humain dans un monde où se reproduire (au sens traditionnel) n'est plus indispensable et où une machine se pose des questions métaphysiques sur l'esprit. Un film qui en a inspiré beaucoup d'autres et une suite du même réalisateur nommée "Innocence, ghost in the shell 2".
- Princesse Mononoké (Mononoke-hime), 2h 15min, Hayao Miyazaki. 1997. Le projet du film apparait avant même la réalisation de Nausicaä, mais il est remanié plusieurs fois, l'idée initiale (La Belle et la bête) ayant été traitée par Disney, Miyazaki préfère l'abandonner. Au final, Miyazaki s'appuie sur un récit du Japon médiéval. Pourtant le film est très moderne par son thème: le retour à la nature et par la place donnée aux personnages féminins. Pourtant, Miyazaki donne intentionnellement une profondeur et une complexité à l'ensemble, ce qui oblige à l'engagement intellectuel du spectateur (Wikipédia). Des moyens considérables sont mobilisés, associant les dessins 2D sur cellulo (près de 150 000) et les images de synthèse en 3d, poussant à leur limite les possibilités des logiciels disponibles à l'époque. Techniquement, le film constitue un point de bascule dans l'histoire du studio Ghibli et du cinéma d'animation (avec l'introduction des images calculées par ordinateur).
- Perfect Blue. Satoshi Kon. 1997.
- Princes et Princesses, Michel Ocelot. 2000. La technique, reposant sur des papiers finement découpés rappelle le film historique de Lotte Reiniger.
- Metropolis, Rintaro & Haruyo Kanesaku, 1h 52min. 2001. Adapté du manga futuriste d'Ozamu Tezuka. Synthèse de graphisme à l'ancienne et d'effets spéciaux 3d, cette animation est une expérience esthétique assumant la filiation avec Fritz Lang et riche de références.
- U, 1h 15min, Serge Elissalde. 2005. Un festival de créativité dont le graphisme; pour le reste, les avis des spectateurs sont divergeants d'autant que le film vise semble-t-il essentiellement un public très jeune.
- Origine (Gin-iro no kami no Agito), Keiichi Sugiyama, 1h 35min. 2006. Dystopie basée sur le lien réciproque entre humains et arbres (qui peuvent se métamorphoser l'un dans l'autre, elle inverse les rôles traditionnels en donnant le pouvoir à la forêt. La musique recueille beaucoup de louanges.
- Les Contes de Terremer, Gorō Miyazaki, 1h 55min. 2006. La réalisation, adaptée du "cycle de Terremer" d'Ursula Le Guin est du fils d'Hayao. Le Guin espérait Hayao, mais celui-ci était trop pris par ailleurs. Le film est honnête, mais cette production est considérée comme l'une des moins intéressantes du Studio Ghibli. Le Guin a également critiqué la liberté prise d'avec l'intrigue originale.
- Persépolis,Vincent Paronnaud & Marjane Satrapi, 1h 37min. 2007. Tiré de la BD éponyme de Marjane Satrapi publiée en plusieurs tomes (2000-2003); les deux reprennent le nom d'une capitale historique de l'empire Perse détruite par Alexandre le Grand en -331. Le film, comme la BD, est une fiction autobiographique; l'autrice lui donne une valeur universelle. Satrapi est une iranienne émigrée en France en 1994, à l'âge de 25 ans. Le film retrace la période qui précède cette arrivée, sous forme de flashbacks en applats de noir et blanc (comme la BD); les dialogues ou la voix intérieure mènent le film; le regard distancié et libre de Marjane allie le rire aux larmes. Née dans une famille éduquée et engagée politiquement (son oncle, dirigeant du parti communiste iranien meurt assassiné), elle vit à l'âge de 8 ans la révolution iranienne et la chute du Shah, puis les contraintes imposées aux comportements par les gardiens de la révolution, le tout sur fond de guerre avec l'Irak. Enfant rebelle et déterminée, ses parents l'envoient à Vienne pour la protéger. Marjane va parcourir de multiples expériences de la pension de bonne soeurs à la vie dans la rue. L'intermède autrichien se termine quand Marjane se réfugie chez ses parents en Iran. Entre dépression et révolte, elle décrit l'hypocrisie de Téhéran sous le regard bienveillant de sa grand mère; elle se marie pour gérer une relation amoureuse qui dure ce durent les roses; le film se termine quand elle prend l'avion pour Paris, quittant son mari. Un film acclamé, à juste titre, comme la BD l'avait été. Bouleversant de vérité. On ne peut quand même que conseiller de lire la BD qui, sans la sélection opérée, aurait généré un film de plusieurs heures. Le film ne reprend pas non plus les dessins qui s'étendent sur une page entière, témoignages d'une expression sans limite.
- Valse avec Bachir, Ari Folman, 1h 30min. 2008.
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Brendan et le Secret de Kells (The Secret of Kells), Tomm Moore et Nora Twomey, 1h 18min. 2009. Un festival de créativité et de couleurs, par un réalisateur et une réalisatrice tous deux irlandais. Fantstique dans tous les sens du terme.
Book of Kells, Folio 292, vers l'an 800. Public Domain. Source: Wikimedia -
Les Enfants Loups, Amé & Yuki (Okami kodomo no ame to yuki), 1h 57min, Mamoru Hosoda. 2012. Le "mythe du loup-garou" qui nous vient de la nuit des temps, est transposé à notre époque. Hana tombe amoureuse d’un jeune homme mystérieux qui lui révèle être un loup-garou; deux enfants naissent, mais son compagnon disparait accidentellement. Amé (le garçon) et Yuki (la fille) sont héritiers de la double nature de leur parents, ce qui ajoute aux difficultés matérielles que rencontre Hana pour les élever. Cette première partie de l'histoire est traitée en flash back et en partie racontée en voie off par Yuki, ce qui permet à Hosada de parcourir la vie de couple et de jeune mère d'Hana en quelques dizaines minutes. La seconde partie, Hana s'étant installée loin de la ville est nettement plus intéressante, opposant les choix divergents que font Amé et Yuki. Un scénario original qui plaira au moins à un public familial (les commentaires positifs sont dominants et appuyés); personnellement j'aurais préféré une défense de l'intégration de l'humain et du non humain plutôt que cette torture psychologique d'enfants qui doivent choisir entre la vie d'humain et celle de loup, et qui de plus conforte les conventions (à la fille la douceur, au garçon la force).
Werewolves of Ossory, from Topographia Hiberniae, début 13e siècle. Public Domain. Source: Wikimedia - Le Garçon et le monde (O Menino e o Mundo), 1h 22min, Alê Abreu. 2014. Merveille brésilienne, ce film a été multi récompensé (Ottawa, Annecy, Zagreb).
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Le Conte de la princesse Kaguya (Kaguya hime no monogatari), 2h 17min. Isao Takahata. 2013. Basé sur un conte lttéraire japonais du 10e siècle: "Le Conte du coupeur de bambou" (Taketori monogatari). Que dire ? qu'on est ému par autant de poésie et de délicatesse de l'image, que la transcendance de l'animanion nous transporte au delà du réél ? Malgré quelques longueurs (dans le défilé des prétendants par exemple), le film, dans sa progression dramatique, nous dévoile progressivement toute sa profondeur. C'est un peu le testament d'Isao Takahata, réalisé 5 ans avant sa mort.
Découverte de la princesse, from The Tale of the Bamboo Cutter, fin 17e siècle. Public Domain. Source: Wikimedia, Metropolitan Museum of art
- Le Chant de la mer (Song of the Sea), Tomm Moore, 1h 33min. 2014.
- Shaun le mouton (Shaun the Sheep Movie), 1h 25min, Richard Starzak. 2015. Le réalisateur s'est multiplié les difficultés: le film est muet et réalisé en stop motion avec des poupées. Les gags (donc visuels) se succèdent a un rythme effrené; un film terriblement drôle, mais aussi émouvant et sarcastique. Il a connu deux suites, pratiquement du même niveau.
- Your Name (Kimi no na wa), 1h 46min, Makoto Shinkai. 2016. Le film explore le thème des univers parallèles, les deux adolescents héros du film vivant alternativement la vie de l'autre. Un film fascinant encensé par le public, bien que personnellement je ne trouve pas le graphisme tout à fait au niveau de celui du studio Ghibli.
- La Tortue Rouge (Reddo Tātoru: Aru Shima no Monogatari), Michael Dudok de Wit, 1h 21min. 2016. Reprenant le thème de la métamorphose humain - animal, le Loup traditionnellement présent est remplacé ici par une Tortue (en Asie la Tortue est un animal sacré, symbole de longévité et de sagesse). Le scénario dépouillé et l'absence de dialogues laissent le son et l'image prendre toute leur place. Produit par le studio Ghibli, à l'initiative d'Isao Takahata, il faudra quand même 14 ans avant la sortie du film. La Tortue rouge est un merveilleux conte métaphorique qui nous confronte à la question essentielle: quelle est la place de l'Homme dans la nature ? la réponse, que la culture moyen orientale nous a longtemps fait refuser est simple: l'humain est un élément de la nature au milieu d'autres. Un absolu du fim d'animation.
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La Passion Van Gogh, 1h 35min, Dorota Kobiela et Hugh Welchman. 2017. Pourquoi Van Gogh est-il mort? Une enquête, prétexte a découvrir sa peinture... animée. La dimension onirique et fantastique des tableaux du maitre est magnifiquement mise en valeur. Rien que pour les quelques minutes de rotation hypnotique des astres de "La nuit étoilée", il faut voir ce film. Les spectateurs ont été conquis par la magie produite par les choix techniques (le film obtient le prix du public au festival du film d'Annecy en 2016), les spécialistes moins. 68 peintres ont reproduit 120 tableaux, chaque seconde d'animation utilisant 12 toiles différentes (ce qui se perçoit un peu par rapport au standard de 24 images par seconde). Toutes les toiles choisies ne permettant pas de soutenir l'intrigue (mais peut être aussi par manque de temps et de financement), des scènes sont filmées en vues réelles, puis traitées en rotoscopie en noir et blanc et ajoutées aux tableaux. Les deux procédès s'assemblent au plus mal. Le succès du film dans les salles en a fait une production très rentable, malgré le temps nécessaire à la réalisation, au point que les deux auteurs ont en partie repris la technique dans "La jeune fille et les paysans" adapté d'une nouvelle de l'écrivain polonais et prix nobel de littérature Władysław Reymont La nouvelle est sombre et belle mais cette deuxième réalisation manque du génie d'un Van Gogh (et on se dit même que le film d'origine en vues réelles devait être supérieur à sa version transformée par rotoscopie et peinture).
La Nuit étoilée, Vincent Van Gogh, 1889. Public Domain. Source: Wikimedia - Parvana, une enfance en Afghanistan (The Breadwinner), 1h 34min, Nora Twomey. 2017. Tiré du roman éponyme de Deborah Ellis. Nora Twomey qui collabore souvent avec Tomm Moore, prend ici son indépendance. Un plaidoyer pour la paix et pour l'égalité des sexes, réconfortant dans un contexte dramatique. La réalisation parfaite, jonglant entre la réalité et une fresque historique (celle du prince Souleymane) en fait un chef d'œuvre d'animation. Enfants, adolescents et adultes tireront un égal profit de son visionnage.
- L'Ile aux chiens - 1h 42min, Wes Anderson - 2018. Wes Anderson est un réalisateur respecté, mais seuls deux de ses longs métrages, sur une douzaine, sont des films d'animation (l'autre étant Fantastic Mr Fox de 2009); Anderson n'a cependant pas choisi la facilité car les deux utilisent des poupées et sont réalisés en stop-motion. L'ile aux chiens est une métaphore canine et une fable politique acerbe de nos travers. Le tout réalisé avec la maitrise, le sens du détail et la créativité habituelles de Wes Anderson, du grand art.
- Le Peuple Loup (Wolfwalkers), 1h 43min, Tomm Moore, Ross Stewart. 2020. Exploitant le thème universel du loup-garou. Après "Brendan et le secret de Kells" et "Le Chant de la mer", Tomm Moore signe une nouvelle pépite d'animation.
- L'année 2021 est prolifique après la pause occasionnée par l'épidémie de coronavirus.
- Belle, Mamoru Hosoda, 2h 4min. 2021. Le film renouvelle le thème classique de "La Belle et la bête" dont l'héroïne se partage entre le monde réel et le monde virtuel de U.. C'est aussi l'occasion pour Hosada de replonger dans le contexte d'un monde virtuel déjà exploré avec "Summer War". J'avoue avoir eu jusqu'à présent beaucoup de mal à partager l'enthousiasme et tous les commentaires positifs soulevés par les réalisations de Hosoda; de bons longs métrages qui s'inscrivent dans les codes de l'animé japonais, mais de mon point de vue rien qui témoigne d'une originalité extrême; une apparence de richesse qui se disperse trop, scénarios complexes, intrigues psychologiques assez superficielles. "Belle" me réconcilie avec les louanges reçus par ce réalisateur que j'arrive enfin à partager. Maniant avec brio 2D et 3D, Hosada signe un film époustouflant qu'il faut absolument voir en VO (japonais) pour en apprécier les chansons.
- Le Sommet des Dieux, 1h 35min, Patrick Imbert. 2021. Un thriller policier, adapatation du manga de Jirō Taniguchi lui même inspiré par l'histoire (peut-être légendaire) de George Mallory, dont on peut croire qu'il a atteint, avec Andrew Irvine, le sommet de l'Everest. Les paysages de montagne, en 3D, sont plus vrais que nature. Le film tout en évitant intelligement l'excès de spectaculaire et d'émotion, ne peut qu'élever vers les sommets; et quand en plus, on est passionné par la montagne, ce film devient quasi cosmique.
Camp de base de l'Everest, 1922. George Mallory est le plus à gauche. Public Domain (Auteur inconnu. Source: Wikimedia - La Traversée, 1h 24min, Florence Miailhe. 2021. Florence Miailhe est une des rares artistes à maitriser la peinture sur verre, ce qui fait de ce film un objet unique. Chaque scène est une oeuvre d'art. On est submergé par la beauté des images et bouleversé la gravité du sujet; qu'est-ce qu'être un migrant ? Miailhe ne localise le film ni dans l'espace, ni dans le temps, même si elle s'inspire de son histoire familiale (ses parents sont des juifs ukrainiens ayant traversé l'Europe pendant la seconde guerre mondiale) et des croquis de sa mère. Miailhe en fait un récit intemporel, universel, somptueux.
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Les Damnés de la Commune, 1h 27min, Raphaël Meyssan , 2021. Hommage au courage et au sacrifice des révoltés de la Commune de Paris; Tiré de la bande dessinée du même nom et entièrement basé sur des gravures d'époque, on est ici à la limite du film d'animation (la réalisation respecte totalement les gravures en se limitant à des effets de zoom et de travelling), mais c'est aussi ce qui justifie sa place ici comme exemple de la diversité des techniques. Jamais projeté en salle, ce long métrage a reçu de nombreux prix pour sa démarche historique et a réuni des records d'audience lors de sa diffusion sur la chaine Arte. Me considérant comme un soutien inconditionnel de ce mouvement historique devenu mythique, je ne suis difficilement objectif, mais il s'agit d'une réussite totale, enthousiasmante et précieuse.
La Guillotine brûlée, Frédéric Lix. Public Domain. Source: Wikimedia
- Mémoires d’un escargot (), 1h 34min, Adam Elliot. 2024. un film qui utilise l'humour pour faire réfléchir.
- Sky Dome 2123, 1h 52min, Tibor Bánóczki, Sarolta Szabó. 2024. Premier long métrage de ces réalisateurs hongrois, ce film titré au départ White plastic sky fait partie de ces réalisations inégales dont on se dit qu'on est passé à côté d'un chef d'œuvre. Anticipation dystopique qui évoque immédiatement "Soleil vert" et peut-être l'animation "Origine", "Sky Dome" nous délivre un puissant message d'avertissement sur ce qui va nous arriver en persistant dans l'illusion que nous sommes extérieurs (et supérieurs) au vivant non humain; prétention que la civilisation réfugiée sous dôme a dû finalement se résoudre à abandonner. Et "Sky Dome" réussit à être en même temps un très beau roman d'amour. Dans un futur où la sécheresse et l'épuisement des ressources ont ravagé la Terre, les humains ne survivent qu'en utilisant chaque corps de plus de 50 ans pour le transformer en arbre (par implantation d'une graine). Le jour ou Stefan découvre que sa femme bien aimée a offert son corps avant l'heure, il va tout faire pour s'opposer à cette fin tragique. Les personnages héritent d'un graphisme hyperéaliste s'appuyant sur la rotoscopie (manque de confiance ou manque de temps ?), ce qui produit paradoxalement, comme je le développerais plus loin dans cette page, une distanciation et une perte d'émotions. Heureusement le scénario du film le transforme très vite en un road-movie des plus tendus à travers la quête de Stefan pour sauver sa femme. Les réalisateurs ont eu beaucoup de mal à intégrer le graphisme 2D des personnages et le contexte généré en 3D. Un contexte lui même plus ou moins travaillé d'un tableau de ce road movie à un autre (les scènes dans une ville abandonnée sont superbes et le final sublime). Un peu frustrant par ses défauts, mais à voir absolument.
- Totto Shan (Madogiwa no Totto-chan), 1h 54min, Yusuke Suzuki, & Shinnosuke Yakuwa. 2025. Adapté du roman autobiographique et à succès "La petite fille à la fenêtre" de Tetsuko Kuroyanagi (présentatrice et star de la télévision japonaise). Un film émotionnel, qui démarre par un plaidoyer pour une école active et inclusive et qui grandit dans la dénonciation de la guerre et du refus de la différence. De par mon ancienne profession ce film m'a profondément touché d'autant que le thème de l'éducation est rarement traité en animation; en savoir plus sur mon blog.
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Arco, 1h 29min, Ugo Bienvenu. 2025. Ce film d'anticipation on ne peut plus subtil se déroule entre deux futurs. Le futur d'après demain (en 2932) est brièvement évoqué au début du film mettant en scène la famille d'Arco (jeune garçon qui donne son prénom comme titre du film). Cette famille mène une vie simple dans des arbres artificiels, cultivant son potager et élevant des porcs; toute la connaissance de ce monde apparait présente dans une grande pièce aux murs couverts de livres; ce futur désirable semble avoir abandonné toute technologie inutile remplacée par une perception profonde du vivant non humain (et des humains, à commencer par les bébés !); pourtant un cristal et une cape magiques permettent à cette civilisation de voyager dans l'espace et dans le temps, à condition d'être assez grand pour en maitriser les pouvoirs, ce dont Arco, n'est pas capable. Arco va échouer dans le futur de demain (dans lequel se déroule l'essentiel du film), un futur pas si éloigné du nôtre (2075), et toutes les ressemblances sont l'occasion de nous renvoyer gentiment à nos travers; ce monde de demain est peuplé de robots humanoïdes à la Asimov, bien intentionnés et à notre service, surtout Mikki qui remplace les parents trop absents d'Iris (le rôle des robots qui maintienent l'ordre est plus ambigu). Iris, qui a 10 ans comme Arco, va le recueillir et tout faire pour lui permettre de retourner d'où il vient (à noter qu'en espagnol l'arc en ciel se nomme arcoris). Le film fourmille d'inventivité et de références mais nous laisse poser les questions et fournir les réponses; pourtant la civilisation d'lris vit sous des bulles protectrices encerclées de forêts en feu et pourtant la civilisation d'Arco a du se réfugier dans les nuages, la surface du sol étant inhabitable. A noter qu'Iris est passionnée par le graphisme et que le salut d'Arco dépendra d'une fresque tracée par Mikki sur les parois d'une grotte (comme les seuls dessins connus de nous qui ont traversé le temps). Pour sa forme, cette animation s'inspire des codes du manga japonais et des meilleurs films du studio Gibli. Pour le fond, Arco est un film familial dans lequel les adultes trouveront aussi matière à penser; c'est tout le "progrès" technologique que nous sommes invités à interroger. La progression dans l'émotion est magistralement maitrisée jusqu'à la scène finale.
L'Arc en ciel, étude pour les Baigneurs à Asnières, Georges Seurat, 1883. Public Domain. Source: National Gallery, London
- Planètes, Momoko Seto, 1h 15min. 2025. 3D, fantastique, expérimental; Quatre akènes (fruits) de Pissenlit rescapés d’explosions nucléaires, deviennent les participants d'une renaissance de la vie. Le film met en scène des plantes et des animaux étranges qui en fait existent tous sur Terre (les noms scientifiques sont énumérés dans le générique de fin). Les réalisateurs ont travaillé en collaboration avec le CNRS. Sélectionné en 2025 au festival international d'Annecy, le film y obtient le prix Paul Grimault.
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In waves, 1h 31min, Phuong Mai Nguyen. 2026. Inspiré par la bande dessinée du même nom (AJ Dungo, 2019), le film est tout autant bouleversant qu'elle. La restitution artistique de la mer (inspirée de la BD, en plus colorée) et du mouvement des vagues sont hypnotiques. On regrettera deux moitiés inégales (par le temps consacré) entre une vie "à 100 à l'heure" et une vie confrontée à la maladie; la première partie se perd un peu dans les détails tandis qu'on peut juger la seconde trop elliptique. Il faut dire que le sujet auquel se confronte la réalisatrice est redoutable (la vie, la maladie, la mort) et que le résultat est plutôt réussi; d'autant qu'elle nous évite un émotionnel larmoyant et parvient à maintenir notre espérance dans un contexte extrêmement lourd. Le travail d'adaptation de la BD est remarquable; les quelques libertés prises me semblent justifiées: limitation des flash back et centrage de l'historique du surf sur la période précédant le 20e siècle. Mais du coup le film dans le film que constitue cette historique et la "révélation" de l'importance culturelle et mystique du surf, reste inabouti parce que trop court. Dans la culture polynésienne et hawaïenne, le surf (he'e nalu, glisser sur la vague) était un art sacré, un rituel religieux et une démonstration de pouvoir imprégnée de mana (l'énergie vitale). La pratique du surf disparait progressivement au 19e siècle comme tant d’autres traditions, harcelée par les missionnaires, considérée comme immorale en raison des tenues légères (surtout féminines) et contraire à l'idéologie du travail. Un film qui ne peut pas laisser indifférent.
Bathing scene, Lahaina, Maui, aquarelle de James Gay Sawkins, 1855. Public Domain. Source: Wikimedia - Lucy lost, Olivier Clert, 1 h 29 min. 2026. 2D, fantastique, tiré de le "Le Mystère de Lucy Lost (Listen to the Moon)" de Michael Morpurgo; Lucy est une petite fille qui possède le pouvoir (dans ses rêves) de voyager dans le temps et donc de prévoir (en partie) l'avenir. Situé en 1915 dans les iles Scilly, le film, imprégné de culture celtique, jongle entre rêve et réalité, entre magie et sorcellerie, tout en dénonçant le repli sur soi et le nationalisme. Une grande réussite, cumulant le meilleur de l'animation japonaise et de l'animation européenne. Sélectionné en 2026 au festival international d'Annecy et à Cannes, le film doit sortir en salles en octobre 2026.
Techniques ↑
Le cartoon connait son heure de gloire dans la première moité du 20e siècle, inspiré du dessin de caricature et humoristique le graphisme est simplifié, privilégiant la lisibilité et centré sur quelques personnages souvent limité à deux protagonistes. Le dessin à plat sur papier s'enrichit progressivement en particulier pour le contexte et les fonds; Le procédé traditionnel utilise des feuilles transparentes (cellulo) superposées pour décaler les tracés animés.
Les papiers découpés peuvent se superposer sur plusieurs plans distants les uns des autres, ce qui crée un relief (à condition de bien gérer les ombres).
Avec un seul plan éclairé à contre jour, on obtient des silhouettes, les personnages généralement présentés de profil et les découpes très travaillées, ce qui fait référence au théâtre d'ombres, encore populaire en Asie.
Des techniques particulères comme la gravure, le sable ou la peinture sur verre (La Traversée de Florence Miailhe) peuvent remplacer le dessin sur papier avec des rendus très particuliers.
L'utilisation de marionettes pour mettre en scène des contes n'a pas attendu le cinéma d'animation et pourrait remonter à plus de 4 000 ans (Chine, Inde). En animation, le corps des marionettes est souvent réalisé en un matériau souple, ou parfois constitue un objet articulé. Comme pour le papier découpé, l'animation suppose une déformation ou un déplacement entre chaque prise de vue; cette réalisation vue par vue est nommée "stop motion". En animation, les marionettes évoluent dans un décor en 3D. La fabrication de tous ces éléments est très exigente.
Dans tous les cas la réalisation demande un nombre considérable d'heures de travail. En dessin sur papier des équipes comprennant un très grand nombre de graphistes peuvent travailler en parallèle pour limiter le temps de production d'un long métrage qui se compte en années.
L'intervention d'ordinateurs vers la fin des années 1990 est une révolution. Pour les puristes les méthodes précédentes sont toujours utilisées pour produire une grande partie des images; l'ordinateur n'intervient que pour calculer des images intermédiaires, nécessaires à une animation fluide. Plus récement, l'augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs permet de produire la totalité des images et aussi de produire des flims dits en "3D", sans faire appel aux marionettes. L'utilisation d'effets spéciaux produits par ordinateur dans les films en prise de vues réelles (live-action) peut parfois estomper la frontière avec l'animation.
Brevetée en 1915 par Max Fleischer, la "rotoscopie" est un procédé assez décrié. Parfois utilisée comme une facilité, une économie et un gain de temps, elle peut aussi servir à favoriser la représenation graphique des personnes; mais paradoxalement, en rapprochant l'animation du réel, elle défavorise l'identification du spectateur aux personnages et crée une distanciation.
