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Dossiers photographiques

Le passé industriel d'Annecy est très diversifié: au 18e et 19e siècles, le Thiou, représentait plus une source d'énergie qu'un espace naturel à protéger. Le long de ses rives se sont installées une importante manufacture textile ("La Manufacture" dès le 18e, dans le quartier Sainte-Claire, aujourd'hui disparue), une papeterie (à Cran), des Forges (toujours à Crans). Au début du 20e siècle des centrales électriques sont construites sur le Fier. Dans les années 1950, la société américaine Gillette y avait déplacé sa production française de lames de razoir depuis Paris (fermée en 1991), un symbole des trentes glorieuses. L'agglomération fabrique toujours des pièces mécaniques de haute-précision et coule des cloches.

La Manufacture

Vers le milieu du 19e siècle, à une époque ou les entreprises se font et se défont, Annecy va profiter de l'histoire complexe de l'industrie du coton.

Au 17e siècle la découverte des magnifiques étoffes colorées produites sur la côte orientale de l'Inde suscite un intérêt considérable et ces étoffes seront nommées indiennes. La production de copies françaises ne parvenant pas à les concurencer, un édit royal de 1689 interdit l'importation d'indiennes, ainsi que la fabrication et la commercialisation en France de toiles de coton les imitant (ce qui ne les empêche pas d'être produites, surtout dans les pays voisins. L'interdiction est levée en 1759, mais à la fin du 18e siècle, près du quart de la population suisse vit encore du coton. Toujours à la fin du 18e siècle, la première machine à imprimer au rouleau est mise au point en région parisienne par la manufacture Oberkampf (auparavant les indiennes sont imprimées "au bloc", à la main).

En 1804, le négociant lyonnais Jean-Pierre Duport rachète à Annecy un ancien couvent devenu bien national à la révolution. Les machines à filer et tisser le coton sont actionnées par la force hydraulique du Thiou. Le coton est importé d'Egypte et d'Asie. "La Manufacture" connaît un succès immédiat.
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Bloc de bois pour l'impression des indiennes, Manufacture des cotons d'Annecy. © CC by NCSA (Attribution: Michel Racine et musées d'Annecy).
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Indienne, 19e siècle, manufacture des cotons d'Annecy. Source: musées d'Annecy.

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La manufacture, gravure du 19e siècle. Domaine public. Source: musées d'Annecy.

En 1805, elle emploie déjà 450 ouvriers, majoritairement des femmes en des enfants. En 1815, dans une Savoie redevenue sarde, la filature devient "manufacture royale"; ce statut lui donne accès à un large territoire de clientèle situé des deux côtés des Alpes. Deux des cadres, Jean-François Morel et Louis Alexis Jumel, innovent en utilisant une variété de coton aux longues fibres qu'ils vont cultiver en Egypte, le "coton Jumel"; c'est un grand succès. En 1824, l'entreprise, rachetée par la famille suisse Laeuffer, ouvre une filiale à Pont-Canavese dans le Piémont. Vers le milieu du 19e siècle Annecy devance la manufacture Oberkampf comme première d'Europe. Les conditions de travail sont si difficiles que l'évêque d'Annecy envoie un "Mémoire sur le prolétariat" à Charles-Albert, roi de Savoie et de Sardaigne. Mais le rattachement de la Savoie à la France en 1860 fait perdre à La Manufacture le marché du Piémont. L'entreprise ferme (temporairement) en 1864 et licencie environ 2 000 ouvriers, soit 20% de la population annécienne.

La Manufacture rouvrira, mais sans jamais retrouver la prospérité de l’époque sarde. Elle feme définitivement en 1955. Les bâtiments étaient toujours visibles dans les années 1960.

Fondeurs de cloches

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La cloche "républicaine" d'Annecy le vieux; © CC by SA (Michel Racine), disponible sur Wikimedia (cliquez sur l'image)

La tradition de la fabrication de cloches a probablement son origine dans une "cloche républicaine" fondue à Annecy le vieux en l'an V (1796), par Jean-Baptiste Pitton, un saintier itinérant de Carouge (près de Genève).
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La fonderie Paccard à Annecy le vieux, vers 1880. Public domain.

Profitant sans doute de la venue de Jean-Baptiste Pitton dans la région d'Annecy, Antoine Paccard, forgeron agricole et syndic de Quintal, fait appel au même fondeur de cloche au printemps 1796, afin de couler une cloche pour l'église du village. Pour rentabiliser son apprentissage, Antoine Paccard décide de construire alors son premier four qu'il exploitera avec ses enfants. Longtemps installée sur Annecy le vieux, la fonderie s'est relocalisée sur la commune de Sevrier et s'accompagne d'un musée.
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Coulée d'une cloche de 4,2 tonnes destinée à la basilique Nuestra Señora de la Altagracia, en République Dominicaine; fonderie Paccard; © Michel Racine

De la Forge de Cran à Alpine aluminium ↑ 

Les premières traces de métallurgie sur le site remontent au 15e siècle avec l'installation de moulins actionnant les "martinets" des forges pour la fabrication d'armes. Située dans un boucle du Thiou juste avant son confluent avec le Fier, la Manufacture Royale de Crans voit le jour en 1765 (sidérurgie, production d'outils pour l'agriculture, armes de guerre) pour aboutir, après plusieurs raisons sociales toujours sur un modèle familial, à la S.A des Fonderies et Forges de Crans en 1890 puis à la Société des Forges de Crans en 1952.

En contrebas du pont de Cran, une petite forge est exploitée dès le 18e siècle par un certain Cabaud. Louis Frèrejean, maitre de forges lyonnais, l'achète en 1817 et le renomme Manufacture Royale de la Tôle et du Fer-blanc établie à Crans. Approvisionnée par les mines présentes au-dessus de Sevrier, Saint-Jorioz et Lathuile, la forge produit des articles de cuisine et de ménage, fourneaux, casseroles.

En 1890, l'entreprise est transformée en société anonyme, puis à partir de 1906 s'oriente vers la production d'aluminium. Elle crée l'alliage Alpax.
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Laminoir Krupp, 1953; Alpine aluminium, 2015; © Michel Racine
Au début des années 1960 les Forges sont le principal fournisseur d'une jeune entreprise, localisée à Sarcelles, fabriquant des poêles couvertes de téflon et dont les ventes sont en forte croissance. Les Forges proposent à Tefal de s'installer à proximité d'Annecy. Les Forges préfinancent une usine de 3 000 m2 à Rumilly en échange d'un contrat de fourniture de disques d'aluminium pour dix ans, pour le meilleur et pour le pire. Tefal restera l'un des clients les plus importants jusqu'à la fermeture définitive des Forges.

Le pire c'est que Le PFOA, un polluant éternel a été utilisé dans la fabrication des poêles pendant 50 ans (jusqu'en 2012). Cette molécule est interdite à l'échelle mondiale depuis 2020. La molécule a toujours été présentée comme détruite par la température en fin de fabrication des poêles, mais était relachée dans l'environnement (et semble toujours relâchée en faible quantité : Franceinfo, 2026). A Rumilly l'eau doit être dépolluée par passage dans des filtres extrêmement coûteux pour être qualifiée de potable.

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Publicité Tefal, par Savignac, 1960.
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Contre-publicité pour les PFAS; © Michel Racine.

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Lingots d'aluminium, Alpine aluminium; © Michel Racine.

En 2014, après avoir frôlé la faillite, Alpine Aluminium est sauvée par 45 de ses salariés, qui, avec leur prime de licenciement, la reprennent sous la forme d'une SCOP. Malgré un carnet de commande plein, le vieillissement du matériel industriel conduit à la liquidation judiciaire de la SCOP en 2019. Après deux accidents, il manquait 10 millions d'euros à la SCOP pour réinvestir dans une modernisation de certains équipements. Reprise par un copain de Nicolas Sarkosy qui n'a tenu aucune de ses promesses, l'usine est aujourd'hui à l'arrêt. Nombreux sont ceux qui soupçonnent le repreneur d'avoir été davantage intéréssé par le potentiel immobilier des 8 hectares de terrain que par l'avenir industriel de la société. Le repreneur a été mis en examen en 2021 dans le cadre d'une reprise industrielle antérieure. Pour ce qui concerne Alpine Aluminium, il est visé par une enquête pour escroquerie au jugement du tribunal de commerce et abus de faiblesse.

Jusqu'en 2019, le site produisait des disques et des bandes d'aluminium pour les marchés des articles culinaires (poêles, casseroles), de l'automobile et du bâtiment (gouttière, toiture).

Les analyses de l'eau du Thiou au voisinage du site des Forges, vers le confluent avec le Fier donnent des valeurs de PFAS extrêmement élevées (carte du site Amilo). Tefal est loin d'avoir été le seul pollueur de la région.

Références

Thomas Chammah et AFP. 2026. Des PFAS détectés dans l'air autour d'un site de fabrication de poêles Tefal en Haute-Savoie. Franceinfo.

Carte des pollutions PFAS. Amilo.
La société Amilo est un peu en conflit d'intérêt sur le sujet dans la mesure où elle fournit des filtres destinés à traiter l'eau polluée par les PFAS, mais les données affichées sont en principe fournies par le CNRS.
Données de surveillance PFAS. IGN

Agathe Mercante. Une reprise pleine d'incertitudes. Politis, le 22 novembre 2019.
Alpine aluminium (Les Forges)
Il nous a floués. France bleu, le 3 novembre 2020.
Alpine aluminium (Les Forges)
Huit ex-salariés d'Alpine Aluminium poursuivent leur ancien patron aux prud'hommes. France 3 Auvergne Rhône Alpes, le 4 novembre 2020.
Alpine aluminium (Les Forges)
Le repreneur d'Alpine Aluminium visé par une enquête préliminaire. Les echos 17 juin 2021.
Alpine aluminium (Les Forges)

La Manufacture d'Annecy. Villes et pays d'art et d'histoire.

Manufacture de coton d'Annecy. Wikipedia.

Bibliographie

Autour des Forges. Connaitre le passé pour construire le futur; visiter Alpine Aluminium (site disparu).

Le Thiou industriel. Villes et pays d'art et d'histoire.
Livret guide pour une visite autonome.
Nicolas Martignoles. .Ouvrières et ouvriers de la Manufacture d'Annecy: 1830-1914. Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie.