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Cette page met en avant de mes coups de cœur; d'autres murals sont à découvrir sur ce site en parcourant les entrées par pays.

Histoire (peut-être trop parisienne) 

Mai 68 voit fleurir des affiches issues de l'Ecole des Beaux Arts sur les murs parisiens. Un événement inédit et unique.

Gérard Zlotykamien est un des premiers artistes à déborder de l'espace des galeries dans les années 1970 pour peindre des silhouettes fantomatiques sur les murs de nombreuses villes à commencer par ceux du chantier des Halles à Paris. A la même époque Ernest Pignon-Ernest installe ses collages pour défendre les idées sociales.

A ces deux précurseurs succèdent dans les années 1980 de grandes figures de l'art urbain: Blek le Rat qui popularise la technique du pochoir (puis la délaissera plus tard pour le collage); Le plus bel éloge lui a sans doute été adressé par Banksy, l'un des artistes en exercice le plus emblématique: «a chaque fois que je peins quelque chose je découvre que Blek le Rat l'a déjà fait 20 ans auparavant». Jef Aérosol débute à Tours en 1982 et Miss.Tic sur les murs parisiens en 1985. Ils sont rapidement accompagnés par une multitude d'anonymes et ces années peuvent être considérées comme un "âge d'or" de l'art de rue. Des actions collectives sont organisées (Nice Art, centre culturel de Bondy). En même temps cet art gagne les galeries et obtient une reconnaissance officielle.

Mouvement parallèle, le graffiti ou tag se développe à New York dès les années 70. Il arrive en Europe dans les années 80 où il est rapidement perçu comme une dégradation. Une répression s'engage qui n'empêche pas l'envahissement des murs disponibles dans les années 1990. Le développement de la crise économique, le retrait des galeries, la répression qui touche les pochoirs à l'égal des graffiti ouvrent une période de régression. Le code pénal est réformé et à partir de 1994 sanctionne lourdement les artistes urbains; Blek le Rat et Miss.Tic sont condamnés; Jef Aérosol se replie sur Lille. L'affiche, moins sanctionnée que le pochoir tend à le remplacer.

Mais le streetart résiste, surtout dans les quartiers livrés aux promoteurs immobiliers. En 1995 Jerôme Mesnager est invité par la mairie de Paris à peindre un pignon de la rue de Ménilmontant: ses mannequins blancs dansent en hommage à Matisse. Nemo, un artiste habitant rue de la Mare (toujours dans le 20e) égaie pour son fils les murs du voisinage en multipliant les pochoirs d'un homme en imperméable et chapeau, silhouette noire tenant un parapluie rouge.

Les années 2000 vont marquer le début du renouveau. Le développement de l'Internet, la photographie numérique, démultiplient la diffusion des œuvres et leur assurent un peu plus de pérénité. Blek le Rat revient sur la scène parisenne; en 2005 il participe à la campagne pour la libération de la journaliste Florence Aubenas. Une multitude de villes dans le monde s'ouvrent au streetart qui devient une activité tendance; Des événements regroupant de nombreux artistes sont organisés à l'image des précurseurs des années 1980, avec la bénédiction des autorités territoriales. Le problème est plutôt aujourd'hui la question de la récupération d'un art qui a toujours marqué dans le passé son indépendance d'esprit.

Sybille Prou et King Adz. 2008. Blek le Rat : en traversant les murs. Thames & Hudson (Blek le Rat: Getting through the walls. Thames & Hudson).

Codex Urbanus. 2018. Pourquoi l'art est dans la rue ? Critères éditions.
Un livre dérangeant mais (au moins pour cette raison) intellectuellement stimulant. Je suis souvent en opposition à l'auteur d'autant que l'absence assumée de toute référence confond affirmations gratuites, faits avérés et constats partagés. Dommage car c'est plutôt bien écrit (ce qui prouve que les artistes du streetart ne savent pas que dessiner) et bien documenté. Malheureusement Codex Urbanus balaye large et a même parfois la prétention d'écrire l'histoire de l'art (bien au delà de celle du streetart) avec de nombreuses idées convenues (sur le Moyen Age par exemple). L'auteur donne une place excessive au tag et au grafitti dont l'interaction avec le streetart se limite souvent à la concurence pour les emplacements. L'auteur se contredit aussi, refusant tout streetart officiel pour ensuite apprécier la commercialisation d'oeuvres par les galeries, utiles à la survie des artistes...

Un art engagé (détails

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Murs blancs, peuple muet; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).

Un art qui s'expose dans la rue, plutôt que dans un espace réservé, donc qui s'adresse au plus grand nombre tend naturellement à transmettre un message.

Techniques 

Pochoir, Stencil (affiche)

Lieux 

Canal de Saint-Denis / canal de l'Ourcq, France  (détails)
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Where Love Going, par Rébus, canal de Saint-Denis, autoroute A1; Street Art Avenue 2016; © Michel Racine

La butte aux Cailles, Paris 13e, France  (détails)
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De l'autre côté, par Seth, 2018, passage Boiton; © Michel Racine

Le quartier de la Butte aux Cailles offre des rues qui se prêtent merveilleusement à la promenade, loin du Paris haussmannien et des avenues à grand trafic. Intimistes et campagnardes (dans les passages latéraux, l'herbe pousse entre les pavés), elles abritent aussi nombre de petits restaurants et bars qui incitent à faire la pause.

Depuis 2001, l'association Lezarts de la Bièvre (remarquez le "t") invite chaque année un artiste du streetart pour la réalisation d'œuvres qui balisent le circuit des portes ouvertes qu'elle organise le deuxième weekend de juin. Plutôt de taille modeste et à hauteur d'homme, les murs sont souvent renouvellés.
Paris 19e, France (détails)
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I See You ! par Marko 93, 2016; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)
Les murs de soutien des anciennes voies ferrées de la Petite Ceinture et quelques autres murs offrent des surfaces de choix tagguées depuis longtemps. Les événements organisés ces dernières années dans le 19e (Ourcq Living Colors en particulier) ont partiellement remplacé les tags par des productions plus artistiques et la qualité des œuvres s'est améliorée au fil du temps.
Grenoble, France  (détails)
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Portrait au pochoir de Jean-François Champollion, par C215, chemin Jésus, Grenoble, 2015 (disparu); © Michel Racine

Le streetart s'est extraordinairement développé ces dernières années dans Grenoble. il revêt des formes extrêmement variées: grands ou petits murals d'artistes souvent reconnus; fresques réalisées en concertation avec les habitants; murs illustrant la vie des quartiers...

L'agence Spacejunk est à l'origine de la Grenoble Steet Art Fest qui se tient annuellement à la fin du printemps depuis 2015.
Annecy, France (détails)
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, 2019, par Andrea Wan; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).

Une ville traditionnellement bourgeoise et conservatrice comme Annecy n'avait pas la réputation d'être très ouverte au streetart, mais les choses commencent à bouger.
Le Grand Bornand, France  (détails)
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Les yeux dans les Meuh, 2002, par Pierre Amoudry; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).

Vous pensiez que le Grand-Bornand était une station de ski ? erreur, c'est la capitale du street art savoyard.

Impulsé par des artistes locaux dont Pierre Amoudry dès le début des années 2000, le streetart de la station village du Grand-Bornand se compose d'un remarquable ensemble de murals de styles variés, tout en restant marqué par l'identité locale.
Dieppe, France (détails)
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Chat par C215
© Michel Racine

Rien d'exceptionnel ici, la première manifestation de street art date de 2017 et une bonne partie des murs peints à cette occasion ont déjà disparu sous les pioches des démolisseurs, mais Dieppe peut s'enorgueillir de compter quelques œuvres de C215, pourtant rares en province.
Ipoh, Malaisie (détails)
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Collectif sous la direction d'Eric Lai, Mural Art's Lane, Ipoh; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).


Penang et George Town, Malaisie  (détails)
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Tricycle, 2012, Ernest Zacharevic, Jalan Penang, George Town; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).

Un hommage aux conducteurs de tricycles (trishaw), qui attendent le client quasiment juste en face, devant l'hôtel Cititel Penang; Les tricycles sont de moins en moins nombreux à George Town et ne transportent plus que les touristes.
Santiago, Chili (détails)
Valparaiso, Chili  (détails)

Artistes 

Quelques artistes, présentés par ordre alphabétique.
Artiste ouvrier (détails
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Le Lavo // matik; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

De son vrai nom Pierre-Benoît Dumont, il a été qualifié par la presse du titre de "pochoiriste le plus talentueux de sa génération". C'est un maitre de la couleur, utilisant souvent des dizaines de couleurs différentes dans un seul mural.
Banksy(détails
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2018; rue Victor-Cousin, Paris 5e
© CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

Personnage emblématique du mouvement, Banksy cache toujours son identité réelle. On sait seulement qu'il vit à Londres. Son indépendance artistique à toute épreuve n'est pas pour rien dans l'admiration qu'il suscite. Toujours ironiques, souvent engagés, ses pochoirs détournent les situations.

Bastardilla 
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Oiseaux migrateurs, 2015, rue d'Aubervilliers, Paris 18e; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

Née à Bogota en Colombie, Bastardilla est une streetartiste engagée. Les inquiétudes, les désirs, les rêves trouvent une place privilégiée dans ses créations, à travers un imaginaire peuplé de figures et de symboles. Ses murals sont le résultat des rencontres que l'artiste fait durant ses voyages, un moyen de se rapprocher des gens, de se nourrir de leurs histoires et de les traduire en images.
Il s'agit d'un art à forte valeur sociale, le produit d'une conscience critique qui se reflète principalement dans le choix de l'anonymat et dans la lutte pour la reconnaissance des femmes dans les différentes sociétés (d'après rosaparksfaitlemur.com).

bastardilla.org Site officiel.
Bordalo II (détails)
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Koala, 2018; peinture sur assemblage de déchets; exposition Accord de Paris. © Michel Racine / Bordalo II

La croissance illimitée et le consumérisme exagéré, qui aboutissent à l'accumulation constante de déchets et par conséquent à la destruction de notre planète, sont les thèmes principaux de la production artistique d'Artur Bordalo.
C215 (détails)
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Mural par C215, 2015, rue des frères d'Astier de la Vigerie / avenue de Choisy, Paris 13e
© Michel Racine


EZK Street Art (détails)
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Au nom du pire, Grenoble, 2017; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)


Jef Aérosol (détails
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Passage du Moulin des prés; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

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Goin (détails
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© CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

Goin est un street artist engagé, un peu à la manière d'un Banksy, et peut-être en plus provocateur.
Miss.Tic (détails
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Mieux que rien, c'est pas assez, 30 rue des cinq diamants; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

L'une des plus anciennes pochoiristes de Paris est autant poète que graphiste.
Nessé (détails
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© CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)

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Obey (détails
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Make Art not War, Santa Fe, 2013, par Obey; © Chris Nail (photographer)

Le travail graphique de l'américain Obey (alias Sherpard Fairey) est influencé par Andy Warhol: comme lui, il utilise des photographies traitées pour en réduire les tonalités (mais son usage de la couleur est très différent). Il s'inspire du pop art, auxquel il combine paradoxalement des motifs purement décoratifs et complexes qui évoquent l'art nouveau des années 20.
Pierre Amoudry (détails
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; © CC by NC (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale)


Seth (détails
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Belvédère de Belleville, 2014, Paris 20e; © Michel Racine

Grand voyageur, Seth nous invite à l'évasion. Toujours d'une grand douceur ses oeuvres nous font rêver.

Softtwix (détails
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Rehab 2, 2017, Paris 14e; © Michel Racine
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Rehab 2, 2017, Paris 14e; © Michel Racine

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Veks Van Hillik 
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Le Pigeon voyageur, par Veks Van Hillik, Street Art Fest 2018, Saint Martin d'Hères, France; © Michel Racine.

Tatoueur, peintre et street artiste, Vek Van Hillik né dans le sud-ouest de la France (comme son nom ne l'indique pas) vit et travaille à Toulouse. Il marque Grenoble (et d'autres lieux du monde) par ses œuvres surréalistes. Un bestiaire fantastique.

Les titres sont aussi décalés que les dessins comme ce martin pêcheur qui devient un pigeon voyageur.
Julia Volchkova 
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Le garçon du bord de la route, 2014, Prangin Canal, George Town, Malaisie; © Michel Racine.

J'avoue une sensibilité particulière pour le travail de Julia Volchkova, une artiste russe invitée à George Town (Malaisie) en 2014 et qui y est retournée travailler plusieurs fois depuis, indépendemment de toutes les événements officiels.

Ses sujets sont enracinés dans l'histoire locale, mais par delà les distances et les différences culturelles, Volchkova sait tisser les liens qui nous unissent aux habitants des lieux. L'hyperréalisme de la plupart de ses murs touche droit au cœur.
Ernest Zacharevic (détails
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Kids on bicycle, le streetart le plus célèbre d'Ernest Zacharevic, 2012, Lebuh Armenian, George Town, Malaisie; © Michel Racine.

En 2012, lors du George Town Festival, l'artiste Ernest Zacharevic a été commissionné pour produire six murs peints. Leur réception a été extraordinaire. Ernest Zacharevic en a obtenu une réputation mondiale, et depuis la production de streetart a été continue, par Zacharevic ou par d'autres artistes.

L'art de Zacharevic se caractérise par la combinaison de la peinture et d'objets quotidiens tels des bicyclettes ou des caddies de supermarché permettant au public d'interragir avec les œuvres.

Bibliographie

Samantha Longhi et Benoit Maître. 2011. Paris Pochoirs. Alternatives.

2012. Au-delà du Street art. Critères Editions. 11 rue Aimé Berey. Grenoble.
Livre accompagnant l'exposition du même nom présentée à L'Adresse Musée de la Poste (2013), 34 Boulevard de Vaugirard, Paris.

La collection Opus Deli éditée par Critères Editions, Grenoble est constituée (en 2016) d'une soixantaine de monographies d'artistes urbains en format de poche (www.criteres-editions.com).

-street-heart.com.

Street Art; Google Art Project. Tous les moyens de Google au service du Street Art dans le monde. La navigation dans le site est un peu compliquée quand même.

Street Art entre tunnels et galeries, toujours hors les murs. BNF. La bibliographie la plus complète.

D'autres artistes (par ordre alphabétique)

Marie Aschehoug-Clauteaux. Arte es color enamorado (site officiel); sur Flickr. Marie Aschehoug-Clauteaux est aussi journaliste et collabore ou dirige plusieurs revues publiées à Londres et Paris.

Sandrine Angel. Semeuse de Peacefull flowers (sur Instagram).

L'Atlas. Site officiel.

Philippe Baudelocque. Site officiel.

Codex Urbanus. Site officiel.

Eddie Colla. Site officiel.

Invader. Site officiel.

Manyoly. Site officiel.

Moyoshi. Site officiel.

Nessé. galerie Art Majeur.

Ernest Pignon-Ernest.
2010. Face Aux Murs. Ernest Pignon-Ernest. Delpire.

PolarBear Stencils. Site officiel.

RNST. Site officiel.

David Selor. Pages Flickr officielles.

YZ. Site officiel.

Zabou. Site officiel.