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Les textiles traditionnels, selon leur degré de sophistication, sont destinés a être portés tous les jours ou sont des marques de prestige autrefois associés aux castes supérieures, ou des vêtements cérémoniels portés uniquement pour certaines fêtes ou événements. Leur forte valeur symbolique est alors liés à des processus de fabrication longs et complexes, parfois secrets ou magiques.

Deux techniques particulières dominent les textiles traditionnels: le batik et l'ikat. Les deux mots sont d'origine indonésienne; le développement considérable de ces techniques en Indonésie fait qu'ils sont aujourd'hui utilisés dans le monde entier.

Batik 

Ikat 

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Avant la deuxième teinture; Ama Tukang, Waingapu, ile de Sumba.
© Michel Racine.
Ikat signifie nouer: les fils (le plus souvent les fils qui constitueront la trame du tissu, mais parfois les fils de chaine ou les deux) sont masqués à certains endroits par un fil ou des bandelettes puis plongés dans la teinture, ce qui colore les parties non masquées. Le processus est répété avec différents colorants en enlevant ou en ajoutant des bandelettes nouées. Parce qu'il est effectué avant le tissage, ce processus de réservation donne une coloration homogène des deux faces de l'étoffe une fois tissée.

Teinture 

Traditionnellement les teintures utilisent des pigments naturels tirés de plantes. Ces colorants ont la particularité de se fixer difficilement sur les fibres et demandent des opérations répétitives extrêmement consommatrices de temps. De ce fait les colorants synthétiques sont aujourd'hui largement utilisés dans les productions destinées aux touristes. Mais les étoffes traditionnelles continuent d'être produites pour des usages cérémoniels, comme dot de mariée et dans ce cas le temps n'est plus compté.
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Indigo
© Michel Racine

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Indigofera tinctoria. 1778. Plantarum indigenarum et exoticarum. Domaine public.

L'indigo n'a pas besoin de mordants pour se lier aux fibres de cotton, un avantage car ces dernières sont détruites dans un milieu acide. C'est un pigment extrêmement utilisé depuis longtemps et dans le monde entier.

Le colorant naturel est obtenu par macération des feuilles de la plante Indigofera (plusieurs espèces sont cultivées, mais la plus fréquente est Indigofera tinctoria). La plante pousse assez facilement mais demande de la chaleur (surtout l'espèce citée). Elle est généralement récoltée à la fin de la saison des pluies.

L'extraction du pigment implique un processus de fermentation: les feuilles sont empilées dans un pot rempli d'eau; on ajoute un filtrat de cendres ou de la chaux (obtenu par calcination de coraux) pour maintenir un pH élevé (>10) et du sucre ou des fruits pour nourrir les bactéries responsables. Le pigment passe à un état soluble, réduit, jaune vert. La conduite de cette fermentation est délicate et est exclusivement la tâche des femmes, de préférence des femmes d'expérience, de préférence des femmes ménauposées. Le phénomène a un aspect magique est est associé à toutes sortes de croyances.

Les écheveaux de cotton sont immergés dans le liquide pendant un jour ou deux, puis séchés soigneusement pendant une semaine; en s'oxydant à l'air le pigment reprend sa couleur bleue. La couleur a une tenue assez faible et s'affadit facilement. Pour obtenir un bleu profond le processus doit être répété un grand nombre de fois. La teinture à l'indigo naturel demande donc énormément de temps.

Le composant principal du pigment, l'indigotine, a été synthétisé pour la première fois en Allemagne et commercialisé en 1897. Du fait de l'absence des pigments secondaires présents dans l'indigo naturel, la couleur obtenue est moins profonde, moins irridescente et moins attractive.
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Morinda
© Michel Racine

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Morinda citrifolia. Sinclair, I.. 1885. Indigenous Flowers of the Hawaiian Islands. Domaine public.
Ce pigment rouge est extrait des racines du Noni (Morinda citrifolia). La pratique la plus durable consiste a prélever en saison sèche un tiers des racines de l'arbuste qui régénère en suite en saison humide. On estime à plus de 25 kg la quantité de racines nécessaires pour teindre un sarong.

Pour que la teinture prenne, il faut ajouter un mordant métallique. Le processus est complexe et implique un premier bain dans un mélange d'huile végétale, de végétaux riches en aluminium broyés dans de l'eau additionnée de chaux ou d'un filtrat de cendres. L'huile extraite des graines de Noyer des Moluques (Candlenut, Aleurites moluccana) est souvent utilisée. L'aluminium provient des feuilles ou de l'écorce d'arbres du genre Symplocos. Le second bain plonge le cotton dans le jus extrait des racines de Morinda additionné de chaux. La teinture doit être répétée une grand nombre de fois et le travail peut prendre jusqu'à deux ans. Alternativement les feuilles de Symplocos peuvent être mélangées à l'extrait de racines de Morinda et d'autres plantes sont ajoutées (feuilles de Jackfruit, racines de Sappan, ...). Selon le nombre de bains et les composants annexes utilisés, on obtient des colorations allant du rouge au brun et au beige.

Il semble que des colorants artificiels donnant un aspect proche du Morinda soient utilisés depuis les années 50 dans de nombreux villages du pays Lio.

Les feuilles du palmier Nira constituent une alternative à l'indigo comme colorant bleu.

Les colorants jaunes sont extrêmmement variés mais leur tenue à la lumière est faible; les plus utilisés sont le rhizome de Curcumin (en anglais Turmeric, Curcuma longa), le bois du Jacquier (Artocarpus heterophyllus) et du Maclura cochinchinensis; le Curcumin est le colorant dont la tenue à la lumière est la plus faible. Les tiges de la Berbérine (Arcangelisia flava, Kayu Kunig) sont utilisées dans le pays Lio. Le Jacquier est le colorant qui permet d'obtenir le "jaune safran" des robes de moines en Thailande et en Birmanie.

La couleur verte est obtenue en mélangeant le curcumin et l'indigo.


tissage 

Les techniques du pilit et du sunkit (sunket) introduisent de sfils suppémentaires (en général dans la chaine pour créer les motifs); pratiquées par les Ibans.

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Motif anthopomorphique
© Creative commons (Attribution: Michel Racine, pas d'utilisation commerciale).

Sumba (détails

La présence de motifs figuratifs de grande taille, souvent anthropomorphiques est notable. Au 20e siècle l'ile s'est tournée vers l'exporation en développant l'utilisation de motifs populaires auprès des touristes.

Lamalera (ile de Lembata) (détails


Notes

Références

Bibliographie

Holmgren, Robert J. and Anita Spertus. 1989. Early Indonesian Textiles from Three Island Cultures. Metropolitan Museum of Art, New York.
Comme beaucoup de publications épuisées du Metropolitan Museum of Art, celle-ci est téléchargeable gratuitement.

Peter Ten Hoopen. Pusaka Collection. Ikat.

Buckley, Christopher D.. 2012. Investigating Cultural Evolution Using Phylogenetic Analysis: The Origins and Descent of the Southeast Asian Tradition of Warp Ikat Weaving. PlosOne December 2012, Vol. 7, Issue 12.

Threads of Life