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Dossiers photographiques

Voici ce que proposait, dans son édition de 1978, le guide de Bill Dalton (traduction personnelle, Dalton, 1978):

« Obtenez un permis (à Labuhanbajo ou à Singaraja, Bali) qui ne pourra dépasser cinq jours; achetez une chèvre à Labuhanbajo et attendez suffisamment pour que son cadavre se décompose; engagez un guide et chartérisez une pirogue à voile à Labuhanbajo ou, pendant la saison sèche (mars à septembre), profitez du bateau régulier circulant une fois par semaine entre Labuhanbajo et Sape. En deux jours de pirogue, vous atteindrez le village de pêcheurs de Komodo; dormez sur le bateau, sur la plage ou gratuitement chez l'habitant; faites transporter le cadavre de chèvre à deux km du village et faites preuve de patience ».

Les choses ont beaucoup changé depuis, mais la réalité dépasse tout ce que vous pouvez imaginer: en haute saison (juillet et août) des centaines de bateaux s'ancrent chaque jour devant Loh Liang et Loh Buaya, les deux points d'entrée dans le parc national.
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Dragon de Komodo, ile de Rinca
© Michel Racine
L'archipel comprend trois iles principales aux côtes et aux reliefs tourmentés (Komodo, Rinca, Padar) et une multitude d'iles plus petites. Les terrains sont d'origine volcanique, mais le volcan actif le plus proche est le Sangeang (formant une ile isolée au nord est de Sumbawa). L'eau est rare sur les iles couvertes par une savane sèche. Les violents courants marins n'ajoutent pas à l'hospitalité des iles et la population a longtemps été limitée à quelques groupes de maisons sur Komodo et Rinca.

Le parc national a été créé en 1980 pour sauver le Dragon de Komodo (Varanus komodoensis) de l'extinction. La vie marine de l'archipel est bien plus riche que la vie terreste et la protection apportée par le parc a été étendue ensuite à une vaste zone marine entourant les iles.

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Enfants dessinant un Dragon, Labuanbajo
© Michel Racine

Jurassic Park ? (détails

Le choix entre une option libérale visant à développer un tourisme de masse et une vision plus écologique visant le long terme et la préservation de l'environnement n'a jamais été tranché, les populations locales prises en otage dans ce débat, étant perdantes à tous les coups. Les conditions dans lesquelles sont accueillis actuellement les visiteurs (forcés de parcourir à toute vitesse des circuits ↓ de moins de deux heures qui frôlent la saturation) crédibilisent cette interrogation.

Ironiquement (?) élu parmi les 7 nouvelles merveilles de la nature par une fondation suisse en 2011, la situation du parc de Komodo est aujourd'hui extrêmement préoccupante. Ne vous laissez paz tromper par le qualificatif de parc national, Komodo n'a de parc national que le nom.

En juillet 2019, à la suite d'une tentative de braconnage (capture de 41 Dragons en vue de les vendre à l'étranger), les autorités locales ont annoncé la fermeture au public de l'ile de Komodo en janvier 2020 pour une durée d'au moins un an (The Jakarta Post, 2019). L'avenir dira si cette fermeture est appliquée. En première analyse, cette démarche ressemble surtout à un effet d'annonce, à un épisode supplémentaire de la gestion cahotique de cet archipel, à un témoignage du fait que les préoccupations financières prévalent sur les préoccupations écologiques: l'ile de Rinca cible principale du business lucratif des mini-croisières proposées depuis Labuanbajo (lire ci-dessous) ne serait pas concernée; il est envisagé de déplacer les habitants (un projet ancien, mais jamais mis en oeuvre, lire la page Jurassic Park); d'aucuns proposeraient des droits d'entrée exhorbitants (de l'ordre de 500 USD) pour se limiter (?) à un tourisme de luxe. Toutes ces évolutions vont évidemment dans une direction totalement à l'opposé de celle prônée par l'auteur du site Voyages, voyage.

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Gili Lawa
© Michel Racine

Les iles (détails

Les paysages sont spectaculaires; les côtes alternent falaises abruptes, baies et criques; les collines sont rocailleuses et sèches, couvertes d'une savane où dominent les Palmiers lontar (surtout sur l'ile de Rinca dont les paysages sont plus secs et plus ouverts que ceux de Komodo).

Faune 

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Distribution du Dragon de Komodo, d'après d'après Murphy, 2002; © Creative-Commons-Attribution-Share-Alike

Le Dragon de Komodo ou Komodo monitor (Varanus komodoensis) est une espèce endémique de l'archipel et de l'ile de Flores. L'UNESCO annonce près de 6 000 individus, mais beaucoup (Ciofi, 1999) pensent que ce nombre est à diviser par 2. Le Dragon a disparu de l'ile de Padar dans les années 1970, suite à la raréfaction des Cerfs elle-même conséquence du braconnage.

Une population relique est localisée sur l'ouest de Flores (sites de Wae Wuul et Wolo Tado). Sur cette ile, le Dragon de Komodo coexiste avec un autre lézard un peu moins géant, le Water monitor (Varanus salvator ) qui ne dépasse jamais 1,5 m de longueur et dont les effectifs sont bien plus importants. V. komodoensis occupe alors uniquement les zones cotières sèches alors que V. salvator préfère des environnements forestiers plus humides. Les populations de Dragons sur Flores sont menacées, avec un effectif tombé de 2000 dans les années 1990 à moins de 500 au début des années 2000. Les habitants de Flores (Manggarrai, Ngada, etc...) distinguent toujours ces deux espèces par des dénominations différentes dans leurs langues respectives (Forth, 2010).

Au sortir de l'oeuf, les Dragons pèsent moins de 100 g et mesurent 40 cm; à 5 ans ils atteignent 25 kg et 2 m de longueur. Ils chassent à l'affut, peuvent rester des semaines sans capturer de proie, mais peuvent aussi consommer jusqu'à 80% de leur poids en un seul repas. Il consomment presque tout le corps de leur victime, sauf les matières fécales qu'ils éliminent des intestins en les agitant vigoureusement (Ciofi, 1999). Les Dragons peuvent vivre une trentaine d'années et atteindre 3 m.
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Cerf rusa, ile de Komodo
© Michel Racine

Espèce native de Java, Bali et Timor, le Cerf rusa (Cervus timorensis) est une espèce introduite sur l'archipel. Il constitue aujourd'hui la proie principale des Dragons adultes.
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Buffle d'eau, ile de Rinca
© Michel Racine

Buffle d'eau (Bubalus bubalis)
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Mégapode de Reinwardt, ile de Rinca
© Michel Racine

Mégapode de Reinwardt (Megapodius reinwardti). Cet oiseau de la taille d'un Poulet se nourrit de graines et d'insectes; il est assez facile à observer, fouillant presque constamment le sol avec l'une de ses pattes. Il construit d'énormes nids (plusieurs mètres de diamètre) en accumulant des végétaux dont la décomposition produit suffisamment de chaleur pour la couvaison des oeufs.
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Crabe violoniste Fiddler crab (Uca), ile de Rinca
© Michel Racine

Crabe violoniste (Uca sp). Les mâles (et eux seuls) possèdent une pince disproportionnée qui intervient dans la parade sexuelle. Ils creusent des terriers dans la mangrove et sont la proie des singes Macaques.
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Macaque, ile de Rinca
© Michel Racine

Macaque (Macaca fascicularis)


En pratique 

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Les sentiers de Loh Buaya, ile de Rinca
Crédit: Parc National de Komodo

Les randonnées dans les iles de Komodo et Rinca doivent être accompagnées par un guide du parc (ranger). Néanmoins les itinéraires éloignés des deux points d'entrée, Loh Liang (près du village de Komodo) et Loh Buaya (sur l'ile de Rinca) semblent de moins en moins pratiqués et des circuits en boucle de deux heures maximum sont mis en avant.

Pour 80 000 Rp par groupe (situation 2016), les gardes (rangers) proposent trois circuits (court, moyen ou long, de 30 min à 2 h) au départ de Loh Liang en insistant fortement pour que votre choix se porte sur le circuit court. Trois circuits équivalents sont proposés au départ de Loh Buaya avec la même insistance pour le circuit court (dont vous avez compris qu'il est surtout intéressant pour le parc et ses gardes). En haute saison (juillet et août), ces sentiers, qui comportent de larges parties communes sont à présent proches de la saturation touristique et le nombre de rangers est lui aussi insuffisant par rapport à la demande (situation 2016).

Pour programmer votre visite, prenez en compte le fait que les Dragons sont surtout actifs de 6 à 10 h du matin et ensuite de 15 à 17 h. Ceci est encore plus vrai pour les animaux à sang chaud (oiseaux, singes, buffles et cervidés), que vous avez peu de chance de voir dans la nature en plein midi.
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Dragon, Loh Buaya, ile de Rinca
© Michel Racine

Des Dragons qui semblent apprivoisés (restez à distance, l'apparence est trompeuse) fréquentent le voisinage des bâtiments du parc, à Loh Buaya et Loh Liang, attirés par les odeurs de cuisine. Aux mêmes endroits les cervidés sont attirés par les pelouses. Ce sont des lieux où vous êtes quasiment sûr de voir ces animaux (et où vous n'avez pas besoin d'être accompagné par un garde du parc), mais les conditions peu naturelles de ces rencontres évoquent davantage un zoo qu'un parc national.

Sur l'ile de Komodo, l'ascension du Gunung Ara (538 m) prend environ 3,5 h. La vallée de Poreng et Loh Sebita sont un autre objectif possible à 5,5 km de Loh Liang (vous devez être accompagné par un garde si vous parvenez à obtenir l'autorisation pour l'une ou l'autre de ces randonnées). Le pauvre village de Komodo (Kampung Komodo) est à moins de 30 min de Loh Liang et possède aussi un débarcadère.

Les parties sud des iles de Komodo et de Rinca sont présentées comme des réserves intégrales sur la carte de l'UNESCO de 1990.

La plage de Pantai Merah (Red Beach ou Pink Beach), proche du village de Komodo, est très populaire dans les activités organisées par les tours opérateurs et offre un beau snorkeling; bien d'autres possibilités de plongée ou de snorkeling existent dans les différentes iles. Apportez votre masque et tuba, même si on peut en louer à Kampung Komodo. En face de ce village, l'ile de Kalong est bordée d'une mangrove habritant des Chauves-souris frugivores, un autre spot popularisé par les agents de voyage.

La taxe d'entrée dans le parc a considérablement augmenté ces dernières années et surtout sa validité s'est progressivement réduite de sept jours à une seule journée, favorisant les séjours courts, donc un tourisme de masse au détriment d'un écotourisme durable. Pour les non-indonésiens le tarif était de 225 000 Rp en 2015 auquel pouvaient s'ajouter diverses taxes (de séjour, de plongée, de snorkeling, de photographie, ...), une confusion significative de la mauvaise gestion des lieux.

Si vous voulez participer à contre-courant à une tentative de développement d'un véritable écotourisme à Komodo, vous pouvez consulter cette page (référence non testée et fournie sans garantie, mais son principe correspond à ma philosophie du voyage): homestay komodo

D'après cette page, un bateau assurant essentiellement le transport des populations locales circule 3 fois par semaine entre Kampung Komodo et Labuanbajo. Le ferry quotidien reliant Sape et Labuanbajo ne s'arrête plus à Komodo. Dans les années 90, lorsque les touristes empruntaient préférentiellement le ferry pour se rendre dans l'archipel (il faisait une courte escale1 devant Kampung Komodo), l'ile de Komodo était bien plus visitée que celle de Rinca ; c'est l'inverse aujourd'hui car la plupart des visiteurs arrivent par bateau privé en provenance de Labuanbajo (Rinca est l'ile la plus proche de Labuanbajo et elle est plutôt plus "jolie" que Komodo). De nombreuses agences de Labuanbajo se contentent même de proposer une excursion à la journée, uniquement à Rinca. Rinca n'est donc plus l'ile tranquille que décrivent les guides touristiques non à jour.

En conclusion, réfléchissez sérieusement avant de venir dans l'archipel de Komodo en haute saison: si vous espérez découvrir des Dragons (ou d'autres espèces animales) dans une ambiance sauvage, abstenez-vous; si vous souhaitez explorer en bateau un archipel spectaculaire, profiter des plages et des sites de snokeling ou de plongée, ces iles sont sans doute faites pour vous (mais vous trouverez aussi bien ou mieux ailleurs en Indonésie).

Notes

Komodo Island to be closed in January 2020). The Jakarta Post.
(1) Les agences de tourisme de Sape et de Labuanbajo ont probablement intrigué pour obtenir ce lamentable résultat (cf l'article de tempo.co, Jakarta, repris dans Courrier International 657, du 4 juin 2003).

Références

 Bill Dalton. 1978. Indonesia Handbook. Moon Publications: 242.
Un incontournable dans les années 80 (Indonesia Handbook sur Wikipedia).

Gregory Forth. 2010. Folk Knowledge and Distribution of the Komodo Dragon (Varanus komodoensis) on Flores Island. Journal of Ethnobiology, 30(2): 289-307.

Claudio Ciofi. 1999. Le Dragon de Komodo. Pour la Science 259: 82-89. (The Komodo Dragon. Scientific American 280-3: 84–91).

www.komodonationalpark.org Ce site officiel (?) est géré par la société privée Puri Naga Komodo et n'est ni exact, ni tenu à jour; mais la page sur la plongée est informative.