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Dossiers photographiques

L'agglomération de Grenoble est exceptionnellement intéressante du point de vue du streetart; la richesse des oeuvres présentes est très importante, mais surtout l'ensemble est très représentatif de l'histoire du streetart en France.
On y trouve l'une ↓ des plus anciennes fresques de l'hexagone, réalisée en 1979 par Ernest Pignon-Ernest, toujours visible (restaurée en 2016 grâce à une souscription).

Puis le mouvement graffiti venu des Etats Unis s'est considérablement développé dans les années 1980.

Dès 1998, Nessé, un graphiste local, égaie par ses représentations de la vie quotidienne "l'estacade", un ensemble de ponts supportant la voie ferrée et construits pour supprimer quatre passages à niveau. Ses fresques sont bien acceptées et remarquablement conservées (celles de 1998 ont été recouvertes par l'artiste lui-même).

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La rue du Palanstère, en 2018, © Michel Racine.
En 2015, l'agence Spacejunk est à l'origine de la Grenoble Steet Art Fest qui se tient annuellement à la fin du printemps. Si la première édition était soutenue principalement par des sponsors privés, elle a reçu depuis une reconnaissance institutionnelle (la subvention versée par la ville est passée de 9 000 euros lors de la première édition en 2015 à 25 000 en 2016).
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13 rue Génissieu, par Goin, état 2018; © CC (Attribution: Michel Racine)
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13 rue Génissieu, par Goin, état d'origine en 2014; © CC (Attribution: Goin)

Cette évolution n'a pas été acceptée sans difficulté par les graffeurs grenoblois: le débat est très actif entre les deux versions du street art: l'officielle et la sauvage et s'exprime logiquement sur les murs.

En témoigne la Marianne au rouleau de Goin (La Liberté d'après Eugène Delacroix), emblème de la Street Art Fest, présente depuis la première édition sur un portail proche de l'agence Spacejunk et taguée de part et d'autre par la bulle "Libres ?" et par un texte visant la Caisse d'épargne, partenaire financier de l'événement.

Les choses ne sont cependant pas aussi tranchées qu'il y parait: fidèle à son habitude, C215 ajoute à ses fresques officielles (sur le mur du musée de la résistance), une multitude de pochoirs sauvages de petite taille et souvent discrets dont la découverte constitue un jeu de piste; en décembre 2016, Goin provoque la polémique avec une fresque représentant une femme à terre, Marianne moderne tenant un drapeau bleu-blanc-rouge effiloché, frappée par deux policiers en tenue anti-émeute, le titre de l'œuvre étant: L'État matraquant la liberté; la fresque tagguée par des pro et des anti a du être rapidement effacée (un sort qui rappelle celui affectant les productions de Banksy).
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Un des inquiétantes statuettes d'Isaac Cordal ; © Michel Racine.
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Sérigraphie de Cobie, pont du Drac ; © Michel Racine.

En 2017 et 2018, Cobie couvre de ses absurdes (mais pas tant) slogans sérigraphiés le pont sur le Drac ou les petites rues du quartier Championnet. Les petites statuettes de ciment d'Isaac Cordal évoquent une société aliénée et coupée de la nature.

Un streetart officiel, oui, mais qui ne renie pas ses origines.

Toujours est-il que le streetart grenoblois revêt aujourd'hui des formes extrêmement variées: grands ou petits murals d'artistes souvent reconnus; fresques réalisées en concertation avec les habitants; murs illustrant la vie des quartiers...

Dans tous les cas ce streetart donne à réfléchir. Ce qui suit est présenté par quartier, pour vous faciliter la visite. Quelles unes des œuvres les plus anciennes ont mal vieilli et sont couvertes de tags, mais dans l'ensemble presque tout reste visible.

L'Estacade  (détails

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Porte donnant sur la voie, rue Crepu, par Nessé, 2010; © Michel Racine.

En 1963 de grands travaux sont engagés pour la suppression de quatre passages à niveau en pleine ville, et terminés un an plus tard. L'ouvrage d'art ferroviaire de 600 mètres, nommé l'estacade enjambe le cours Jean Jaurès et comprend trente trois travées de soixante six piliers. Il abrite un parking et un marché très important. Entre 2008 et 2016, Nessé va recouvrir les 3 000 m2 de béton, avec parfois l'aide d'artistes venus d'autres horizons, un travail titanesque.

La décoration des piliers, simple, s'inspire de l'art nouveau; les grandes fresques illustrent la vie du marché ou l'histoire ferroviaire, avec un brin de nostagie. L'art de Nessé, très réaliste, peut être qualifié d'art populaire.

Le centre et l'ile verte (détails

Le centre historique.

Bonne et Hoche  (détails

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Mime (détail), 2016, par Anthony Lister; Street Art Fest; rue François Raoult; © Michel Racine.

Sur les murs du Parking Hoche et du gymnase voisin se trouvent quelques unes des fresques les plus intéressantes de la ville.

Quartier Championnet (détails

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Agence Spacejunk, rue Génissieu; © Michel Racine.

Les ruelles de ce quartier présentent de nombreuses fresques. La densité maximum est cependant atteinte rue Génissieu, où se trouve le local de l'association / galerie d'art Spacejunk, organisatrice de la Street Art Fest.

Berriat et Saint Brono  (détails

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Par Snek (pignon de gauche), Ink4rt (au centre) et Monkey Bird (pignon de droite), Street Art Fest 2017; © Michel Racine.

A l'égal du quartier Championnet, le cours Berriat et le quartier Saint Bruno sont des lieux "phares" du streetart grenoblois, marqués par une forte identité.

Fontaine (détails

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The Wire, avenue Aristide Briant, par Seth, 2017; © Michel Racine.

Le streetart très présent dans le quartierBerriat se prolonge sur les rives du Drac et, avec de grandes fresques plus "officielles", sur Fontaine.

Les grands boulevards, Saint Martin d'Hères et le campus universitaire (détails

Trois ambiances différentes qui n'ont guère en commun que la dispersion des oeuvres. Elles sont pourtant loin d'être à négliger parce que souvent les plus imposantes et les plus expressives de la ville.
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Rose Girl, par Obey (Sherpard Fairey), Street Art Fest 2019; © Michel Racine.

Situé sur le pignon aveugle d'une résidence étudiante et donnant sur une des avenues les plus fréquentées de Grenoble, ce mural est selon son auteur un appel à la paix et l'harmonie entre les humains et la Terre.

Sans oublier que la Rose est le symbole de la ville de Grenoble.

Pont de Claix (détails

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Toxic Wedding, par Goin, Street Art Fest 2018; © Michel Racine.

La fresque de Goin a été peinte en une nuit, en toute discrétion, comme à son habitude, sur le pignon d'une ancienne école maternelle abandonnée. Les usines de la chime de grenobloise (dont aucune n'appartient au groupe Bayer sont à 100m).

Quartier de la Villeneuve (détails

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Une des plus anciennes fresques de France sur le mur de la bourse du travail de Grenoble par Ernest Pignon-Ernest, 1979; restauré en 2016, © Creative Commons (Attribution: Michel Racine).
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L'Esprit nouveau par Augustine Kofie, 2016; © Michel Racine

Quelques fresques monumentales comme celle d'Augustine Kofie, mais aussi nombre d'œuvres réalisées en collaboration avec les habitants et les élèves.

Dans les années 1970, le quartier de la Villeneuve fut un des projets phares de la municipalité de Grenoble, avec des objectifs de mixité sociale, de promotion des activités culturelles et une architecture favorisant les cheminements piétonniers.

La galerie de l'Arlequin a pris la place du stade construit pour les jeux olympiques de 1968. Construits sous la directive de George Loiseau et Jean Tribel les batiments ont connu une histoire mouvementée (les projets décoratifs initiaux ont été remaniés) et l'objectif de mixité sociale a été perdu au fil des années. Témoins de ces contradictions, le collège-maison de quartier (regroupant la bibliothèque, des salles de spectacle et de réunion, un centre audiovisuel, un centre social, des services, un restaurant self-service et des ateliers) à joué un rôle profondément novateur dans les années 70 et la galerie de l'Arlequin est aujourd'hui classée "patrimoine du 20e siècle", mais le numéro 50 a été détruit en 2013 avec l'opposition des habitants.

En pratique 

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Tramway aux couleurs de la Street Art Fest ; © Michel Racine.

Les rues du quartier Championnet se parcourent facilement à pied, la galerie de l'Arlequin aussi; ailleurs le vélo, populaire à Grenoble peut être un mode de locomotion intéressant, sinon prenez un pass transport pour la journée, les tramways sont très fréquents et confortables.

Bibliographie

Ma page Flickr.

Grenoble Street Art Fest (Street art Festival); le site officiel.

Carte des œuvres. Une carte interactive sur le site officiel, enfin!
Carte des œuvres. La carte interactive des oeuvres 2019 (officielle); plus complète que le livret.
https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1jvs4eY0YNCNa8FG_HmENF7pfx-qfIHLY&ll=45.18517813375734%2C5.727427846450837&z=17 Plan des principaux murs réalisés en 2015, 2018 et 2017, sur le site officiel. L'office du tourisme vous en distribuera sur demande une version papier, mais elle ne comprend pas les murals de 2018. La carte compilée 2017 était nettement moins intéressante (et 9 Mo!).
Le livret de présentation 2019 (pdf); disponible aussi en version papier à l'office du tourisme. Contient des cartes par quartier reprenant les fresques principales de 2015 à 2019.

Quatre figures de la Résistance au Panthéon en 2015. Libération, le 21 février 2014.

Open Street map. Une autre carte, présentant d'autres fresques (les ressources grenobloises sont sans limites).
Grenoble Street Art, par Barnes38, une carte interactive Open Street Map, plus complète que d'autres, mais malheureusement aucune des photographies n'est légendée.
Grenoble avant "Street Art Fest" et après sur le site Street-Heart.
Vous pouvez aussi consulter l'article de Wikipedia consacré au Street Art Fest Grenoble.